Actualité 2015… Honeymoon

HONEYMOON_QUAD_V0bHONEYMOON

 

2014, de Leigh Janiak – UK

Scénario : Phil Graziadei et Leigh Janiak

Avec Rose Leslie, Harry Treadaway, Ben Huber et Anna Brown

Directeur de la photographie :Kyle Klutz

Musique : Heather McIntosh

 

 

 

 

 

 

 

La Mariée était en noir

 

Revisiter un thème aussi archi-rebattu que celui de jeunes gens assaillis par une entité inconnue alors qu’ils sont en vacances dans une cabane perdue dans les bois est une gageure à laquelle la réalisatrice anglaise Leigh Janiak, pour son premier film, n’a pas eu peur de se mesurer, malgré un budget que l’on imagine étroit.

 

Harry Treadaway (Victor Frankenstein dans la série Penny Dreadful) et Rose Leslie (la rousse sauvageonne de Game Of Thrones) jouent Paul et Bea, deux jeunes mariés qui, pour leur voyage de noce, se rendent dans une maisonnette rustique en bord de lac et au fond des bois, loin de tout et de tout le monde. Tout se passe à merveille et nos jeunes tourtereaux, de prime abord légèrement têtes à claques, roucoulent de plus belle, jusqu’à cette nuit où la belle disparaît mystérieusement. Paul la retrouve nue et en état de choc, errant dans les bois, le regard vide, avec des marques de violence sur les cuisses. Paul la ramène à la maison, mais Bea ne se rappelle de rien et minimise sa disparition, mettant l’incident sur le compte d’une crise de somnambulisme due au stress. Peu convaincu, son époux se demande si sa jeune épouse n’a pas été la victime de Will, le propriétaire d’un restaurant tout proche qu’ils avaient visité le premier jour et dont l’attitude particulièrement hostile envers ses cliens ne s’était estompée que lorsqu’il avait reconnu Bea, une amie d’enfance dont on deviene qu’il avait été amoureux…

 

457821

 

Le temps passe et Bea, autrefois exubérante et gaie comme un pinson devient distante et étrange. Paul ne la reconnaît plus et commence à se demander si sa jeune épouse est toujours humaine. La jeune femme, autrefois passionnée, rejette désormais ses avances, l’insulte, le provoque sans raison et préfère dormir jour et nuit. Un jour, elle s’enferme dans la salle de bain et se donne des coups de couteau répétés dans l’entrejambe, suppliant son mari de « lui enlever » la créature dont elle est enceinte. La jeune femme, dont la peau semble se flétrir à grande vitesse, comme si elle était victime d’un virus accéléré, est persuadée d’avoir été possédée par une entité extraterrestre qui « tente de faire disparaître ce qui reste d’elle ». Elle dit également qu’elle est persuadée de devoir « sauver » Paul parce que ces aliens sont bien décidés à se débarrasser de lui. Pour protéger son mari, Bea est persuadée qu’elle doit faire disparaître son corps.

 

Bea est-elle la victime d’une invasion extraterrestre, la victime en état de choc d’un terrible viol ou une dangereuse schizophrène persuadée qu’elle doit tuer son mari pour le protéger ? Pour Paul, bien entendu, il n’y a pas de doute et il insiste pour emmener son épouse vers l’hôpital le plus proche. C’est évidemment sans compter sur la détermination sans borne de la « malade », dont l’état psychique va de pair avec une rapide déchéance physique.

 

Honeymoon_2014_1080p_Blu_Ray_X264_Japhson_mkv_sna

 

Plutôt que de jouer sur les effets choc, la réalisatrice a la bonne idée d’explorer les possibilités de la maladie mentale de Bea et de laisser planer le doute le plus longtemps possible sur la nature du mal qui frappe son héroïne, interprétée avec fièvre par Rose Leslie. Les horreurs dont elle est victime sont-elles uniquement dans sa tête ? En cela, Honeymoon est la version science-fictionnelle des grands thrillers paranoïaques des années 70 : Bea est un personnage que personne ne croit et qui doit se battre pour prouver « sa » vérité, même si pour cela, Paul devra mourir. Mais l’on pense surtout à Possession, le chef d’œuvre d’Andrzej Zulawski, où la folie progressive d’Isabelle Adjani était également d’origine inconnue.

 

Cette approche de drame psychologique narrant la rapide dissolution d’un couple est bénéfique à ce film de science-fiction qui n’en est peut-être pas un… A l’occasion, la réalisatrice se permet quelques réflexions personnelles bien senties sur la dynamique homme / femme dans l’institution du mariage et crée une tension à couper au couteau, davantage le résultat de la déchéance de Bea que des scènes d’action ou d’horreur, même si la transformation physique de la jeune femme (notamment une scène d’accouchement mémorable) rappelle les thématiques explorées par David Cronenberg dans ses meilleurs films. La dernière phrase prononcée par la jeune femme (SPOILER) « Avant j’étais seule, maintenant je ne le suis plus » résume bien le côté factice d’un mariage dont toutes les images heureuses situées en début de film, cucul-la praline et crispantes, sont réexaminées sous un angle différent lorsque les évènements horrifiques se mettent en branle. La réalisatrice justifie ainsi le côté « comédie romantique » à la guimauve du premier acte en posant sur ce mariage son point de vue ironique et dévastateur. (FIN DU SPOILER)

 

honeymoon

 

L’approche psychologique a un formidable impact sur la résolution du film, quand la réalisatrice novice peut enfin dévoiler la vérité au grand jour et provoquer quelques grands frissons d’une rare efficacité ! Leigh Janiak signe un premier film brillant et, avec une économie de moyens remarquable, se montre particulièrement confiante dans sa gestion de l’espace (une cabane, les bois alentours et un lac), de la dimension sonore (les bruits d’ambiance font froid dans le dos) et de sa direction d’acteurs (deux acteurs principaux et deux seconds rôles composent l’intégralité du casting !), des outils qu’elle utilise avec talent pour semer le doute dans nos esprits, autant que dans celui du pauvre Paul.

 

Les meilleurs films horrifiques sont avant tout affaire de psychologie plutôt que d’effets gore. Honeymoon en est un nouvel exemple, particulièrement prometteur pour la suite de la carrière de sa réalisatrice.

 

 

Grégory Cavinato

(Membre de l’U.P.C.B. – Union de la Presse Cinématographique Belge)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>