Actualité 2015… Dumb & Dumber To

142vio1111111DUMB & DUMBER TO

(DUMB & DUMBER DE)

 

2014, de Bobby Farrelly et Peter Farrelly – USA

Avec Jim Carrey, Jeff Daniels, Laurie Holden, Kathleen Turner, Rob Riggle, Rachel Melvin, Carly Craig et Bill Murray

Scénario : Sean Anders, John Morris, Bennett Yellin, Mike Cerrone, Bobby Farrelly et Peter Farrelly

Directeur de la photographie : Matthew F. Leonetti

Musique : Empire of the Sun

 

 

 

 

 

 

 

 

Les Zéros sont fatigués

Il est toujours extrêmement risqué de donner une suite à une comédie populaire devenue tellement culte au fil des ans que, 20 ans après sa sortie, certains de ses dialogues sont encore régulièrement cités et que ses gags ont été copiés mille fois sans jamais égaler le résultat initial. Ce qui est plus étonnant, c’est de constater que certaines des pires suites de ces grandes comédies populaires ont été réalisées / scénarisées / produites / interprétées par les mêmes équipes que celles du film original. Nous avons pu constater ce triste phénomène avec, en vrac, Le Retour du Grand Blond, Ghostbusters 2, City Slickers 2, Men in Black 2 et 3, Blues Brothers 2000, Ocean’s Twelve et Ocean’s Thirteen, The Hangover 2 et 3, Anchorman 2, Ted 2 (pas forcément tous très mauvais mais de toute évidence inférieurs à leurs aînés) et les pathétiques More American Graffiti, Another 48 Hours, Another Stakeout, Crocodile Dundee 3, 18 Ans Après (suite de Trois Hommes et un Couffin), Bridget Jones 2, Les Ripoux 3, Be Cool (suite de Get Shorty), Meet the Parents : Little Fockers, Kick-Ass 2, la tripotée d’interminables suites de la saga de La Panthère Rose avec Blake Edwards et Peter Sellers, sans parler des accidents industriels incompréhensibles qui rendent furieux comme Les Bronzés 3, Les Visiteurs 2 (et bientôt 3 !) et bien entendu, Les Trois Frères : Le Retour

 

DUMB AND DUMBER TO

 

On constate dans ces cas-là que les artistes sont souvent les derniers à comprendre exactement ce qui a fait le succès de leurs films les plus populaires. Hors de la sphère de la comédie, George Lucas en est l’exemple le plus frappant ; son divorce avec le public qui l’avait autrefois porté aux nues fut d’une telle violence qu’il décida, aigri, de prendre sa retraite. La comédie est un exercice difficile et fragile… et les frères Farrelly, qui en savaient déjà quelque chose après quelques années de vaches maigres et de films ratés (The Heartbreak Kid, Hall Pass, The Three Stooges), nous en apportent une nouvelle preuve avec ce bien triste Dumb & Dumber To pourtant très attendu.

 

Harry ( Jeff Daniels) et Lloyd (Jim Carrey) sont ces deux crétins congénitaux dont la bêtise incommensurable semble les protéger de tous les drames et de toutes les péripéties qui se déroulent autour d’eux. Ils traversent leurs aventures en toute inconscience, sans jamais réellement en comprendre les enjeux. C’est en partie ce qui, en 1994, faisait le charme irrésistible de Dumb & Dumber, la première comédie à réellement populariser l’humour potache décomplexé qui devint ensuite la norme au sein de la comédie américaine. Mais ce qui différenciait Dumb & Dumber d’un quelconque Porky’s, c’est la tendresse, le cœur, l’évocation de l’amitié bien réelle qui liait les deux indécrottables idiots.

 

Dumb And Dumber To

 

Quel bonheur donc, de les retrouver, 20 ans après les avoir quittés, toujours aussi stupides et infantiles, se disait-on avant d’entrer dans la salle. Le bonheur, malheureusement, sera de courte durée. Car en misant sur une approche plus ouvertement « méchante » et des attitudes mesquines et malintentionnées, les frères Farrelly transforment leurs deux personnages en vieux cons détestables. On ne peut qu’applaudir l’audace de Jim Carrey et de Jeff Daniels qui, à plus de 50 ans, reprennent des rôles qui les obligent à se retrouver dans une série de situations particulièrement humiliantes pour des hommes d’âge respectable. Sortant tout juste du tournage de sa série télévisée The Newsroom, très sérieuse exploration des pratiques des chaînes d’information scénarisée par le très sérieux Aaron Sorkin, Jeff Daniels faisait remarquer le contraste de sa carrière lorsque, dès le premier jour de tournage, il a enfilé sa ridicule perruque blonde et s’est retrouvé cul nul sur le plateau pendant une bonne partie de la journée.

 

Pourquoi vingt ans d’attente ? Il se trouve que Lloyd, grand farceur devant l’éternel, a fait croire à Harry pendant 20 ans qu’il était tombé dans un état catatonique irréversible. Cela fait donc de longues années que ce dernier, en ami fidèle, vient visiter le farceur à l’hôpital psychiatrique et lui change ses couches. Lorsque la vérité est révélée, les deux amis reprennent le cours de leur vie comme si de rien n’était et partent à la recherche d’un donneur pour Harry, qui a besoin d’un nouveau rein. Harry découvre qu’il a une fille cachée (dont la mère est interprétée par Kathleen Turner, jamais la dernière à accepter d’être ridiculisée à l’écran) qui fut adoptée par un couple de riches escrocs. Comme en 1994, Harry et Lloyd se mettent donc en route, semant la pagaille et l’hilarité derrière eux. Lorsqu’ils rencontrent enfin la jeune fille, Lloyd complique les choses en tombant directement fou amoureux…

 

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A l’heure où les comédies de Judd Apatow et d’Adam McKay, peuplées d’hommes-enfants refusant de passer à l’âge adulte, triomphent, les frères Farrelly n’ont pas su retrouver la formule gagnante, se contentant cette fois de se vautrer dans des gags vulgaires, bêtes et méchants dont la plupart ne sont rien d’autre que des variations moins comiques sur ceux qu’ils avaient créés en 1994. Certains marchent, mais la plupart tombent à plat. Pire encore, ce nouveau film manque cruellement de cœur… Dumb & Dumber To ne retrouve jamais l’audace et la bonne humeur communicative de Dumb & Dumber, encore moins l’émotion et la subtilité de Stuck On You, le véritable chef d’œuvre des frangins dans lequel Matt Damon et Greg Kinnear incarnaient des frères siamois. L’humour des Farrelly semble être devenu tristement désuet, passé de mode… On se console avec quelques rares gags qui font mouche comme ce chat shooté au crystal meth, l’interprétation erronée du mot « Asperger » ou des détails hilarants comme la manière inimitable de Jim Carrey d’avaler un hot dog. Mais dans l’ensemble, c’est bien peu…

 

Dumb and Dumber To jeff daniels jim carrey

 

Avec ses gags convenus, son manque de surprises et de cœur et son ton déplaisant, Dumb & Dumber To ne vaut finalement guère mieux que Dumb & Dumberer : When Harry Met Lloyd (2003), le spin-off unanimement décrié du premier film qui, à l’aide d’acteurs plus jeunes, nous racontait les années collège des deux andouilles. Et si Jeff Daniels semble s’en donner à cœur joie, ce n’est pas le cas de Jim Carrey (que l’on n’a pas vu dans un bon film depuis belle lurette), en pilotage automatique, reprenant son rôle sans conviction, sans doute conscient de la médiocrité d’un scénario décalque de l’original. Ce n’est pas avec ce « Retour des Charlots » que la carrière de l’acteur au visage élastique risque de renaître de ses cendres…

 

Sur ce, nous partons réciter une prière pour le salut des prochains Zoolander 2 (2016) et Bad Santa 2 (2017). Que les Dieux de la comédie les protège…

 

Grégory Cavinato

Membre de l’U.P.C.B. (Union de la Presse Cinématographique Belge)

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