Actualité 2015… By the Sea (Vue sur Mer)

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(VUE SUR MER)

 

2015, de Angelina Jolie-Pitt – USA

Avec Brad Pitt, Angelina Jolie-Pitt, Mélanie Laurent-Pitt, Niels Arestrup-Pitt, Melvil Poupaud-Pitt et Richard Bohringer-Pitt

Scénario : Angelina Jolie-Pitt

Directeur de la photographie : Christian Berger-Pitt

Musique : Gabriel Yared-Pitt

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Elle préfère l’amour en mer…

 

« Ca sent le poisson » déclare Angelina Jolie, grimaçante et ahurie en débarquant avec son mari Brad Pitt dans un joli hôtel situé en bord de mer sur la côte maltaise. Un dialogue en guise de mise en garde de la teneur hautement philosophique de tout ce qui va suivre. « C’est quoi ce bruit qu’on entend ? » demande-t-elle une fois installée dans sa luxueuse chambre avec une vue superbe sur les flots bleux. « C’est la mer… » lui répond Brad… Ca démarre fort !

 

Faire des films en famille c’est amusant, c’est pratique, ça fait voyager les enfants et ça fait faire des économies à la production. Quitte à se payer des vacances au frais du studio, autant le faire quand il y a du soleil et des nanas. (Daladirladada !…) Il est possible que By the Sea, troisième film réalisé par Angelina Jolie (ou Angelina Jolie-Pitt comme on doit désormais l’appeler) ait pu servir de catharsis au couple qu’elle forme avec le beau Brad, puisqu’on y suit les deux stars dans les rôles de Roland et Vanessa, mariés depuis 14 ans, venus prendre des vacances au bord de la Méditerranée afin de tenter d’exorciser leurs nombreux démons et de sauver leur mariage qui bat dangereusement de l’aile. Ils s’installent dans une chambre mitoyenne à celle d’un couple de jeunes mariés français (Mélanie Laurent et Melvil Poupaud), qui, par leur « positive attitude » et leur jeunesse insolente, leur rappellent, sentiment doux-amer, leurs premières années de bonheur. « Brangelina » (ensemble à l’écran pour la première fois depuis Mr. & Mrs. Smith en 2005), va (vont ?) tenter, avec toutes les peines du monde, de se rapprocher. Ils se découvrent bientôt un passe-temps commun : le voyeurisme! A longueur de journées, par un trou dans le mur, ils observent les ébats amoureux des jeunes amants…

 

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Ce sont là les seuls moments amusants du film. Si l’on oublie le côté hautement répétitif de l’acte voyeuriste (Mélanie Laurent se déshabille tellement souvent que ça doit bien constituer un record…), on en apprend les vertus thérapeutiques et romantiques, le couple épiant se montrant tour à tour gêné, excité, attristé, perplexe, voire menacé par ce bonheur nouveau qu’ils ne retrouveront jamais. Mais leur nouveau passe-temps marque chez eux les premiers frémissements d’une possible communication après des années de brouille.

 

Nous sommes au début des années 70. (La radio parle sans arrêt du scandale du Watergate, mais sans autre raison qu’une vague métaphore d’un couple qui s’écroule, une maladresse narrative parmi d’autres…) Angelina incarne Vanessa, une beauté fanée, ancienne danseuse ayant subi un mystérieux choc traumatique qui l’a transformée en créature mutique, extrêmement fragile, ne supportant plus que son mari la touche. Un des nombreux problèmes narratifs qui plombent le film, c’est qu’avec les nombreux flashbacks sous la forme d’images abstraites et quasi-subliminales de la mystérieuse tragédie, il ne faut pas être grand clair pour comprendre que Vanessa a fait une fausse couche qui a précipité sa dépression et l’a progressivement éloignée de l’affection de son mari. Le suspense consistant à découvrir la nature du drame vécu par Vanessa est donc éventé dès les premières scènes du film. Le problème, c’est qu’il reste encore deux heures à s’enquiller derrière… Ne profitant jamais du décor superbe de la petit île ensoleillée, Vanessa reste cloîtrée dans sa chambre à avaler des pilules, à boire du vin, à somnoler et à observer ses jeunes voisins, se comportant comme une gamine mal élevée, froide, distante et prenant les gens de haut, allant même jusqu’à tenter de séduire Melvil Poupaud pour « punir » son mari de la perte de leur enfant…

 

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Brad, quant à lui, est Roland, un écrivain raté, sardonique et alcoolique, qui pensait pouvoir retrouver l’inspiration et raviver la flamme éteinte de son couple dans ce décor de rêve. Toujours coiffé de son feutre chic, il passe ses journées à boire, à fumer et à ruminer sur l’impasse créative dans laquelle se trouve sa carrière. Des excuses pour éviter d’avoir à confronter sa femme dont les minauderies et les caprices l’exaspèrent. Roland passe ses journées dans le petit café-restaurant tenu par Niels Arestrup et un Richard Bohringer à la limite de la sénilité, ce dernier passant la durée du film, pratiquement sans dialogues, à jouer les figurants à l’arrière-plan. Pitt et Arestrup se mettent à refaire le monde à grands coups de whisky et de pastis ! Voilà bien l’un des rares intérêts de By the Sea : l’amitié naissante, parfois touchante, entre Pitt (et son franglais pas piqué des hannetons) et l’exceptionnel Arestrup, rencontre improbable entre un américain, athée cynique et alcoolique et un vieux franchouillard, veuf et nostalgique. Dommage que ces deux grands acteurs soient obligés de réciter des dialogues aussi excitants que « Tu ne veux pas une tartine beurrée avec ton gin ? » ou encore « Ce matin j’ai reçu des langoustes, je ne vous dis que ça ! Je vous en mets deux ? »…

 

Si Brad Pitt, entraîné dans cette galère par la force des choses, s’en sort plutôt avec les honneurs (encore qu’il convainc davantage en alcoolique qu’en ersatz d’Ernest Hemingway souffrant du syndrome de la page blanche), il est difficile d’en dire autant à propos d’Angelina Jolie. Si l’on peut trouver admirable sa volonté de jouer un rôle de femme fragile, malheureuse et vieillissante à la Gena Rowlands, le personnage de Vanessa n’est qu’une grande fille gâtée, infantile et détestable, à l’air perpétuellement renfrogné, désespérément en manque d’une bonne paire de claques. Squelettique et émaciée, les lèvres sans doute piquées par une méduse, affublée d’une paire de lunettes gigantesques, de chapeaux grotesques et d’un fard à paupières sinistre qui aurait davantage sa place dans un film de Tim Burton (un look trop étudié qui ne fait que renforcer les vieux clichés des américains aisés voyageant à l’étranger), la comédienne, autrefois si… jolie… n’est plus, à 40 ans, que l’ombre d’elle-même. Sorte de compromis zombiesque entre Arielle Dombasle, le Michael Jackson de Thriller et une Elizabeth Taylor en fin de carrière, Angelina fait peine à voir. Inquiétant, d’autant plus que certains de ses films récents (Changeling, Salt, Maleficent) nous montraient une actrice au sommet de sa beauté ! Ici, sa garde-robe semble jouer à sa place et distrait constamment. Sa performance se résume à prendre la pose en allumant une cigarette, à pleurer dans la baignoire, à dormir ou à se recroqueviller dans un coin de la chambre.

 

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Trop chics pour être crédibles, les deux acteurs glamour n’arrivent que trop rarement à faire de leurs personnages autre chose que des clichés ambulants. Il serait d’ailleurs bien trop long de tenter d’énumérer le nombre de lieux communs sur les américains en villégiature en Europe. Jolie tente de conférer à son film l’aspect sexy et ensoleillé de La Piscine, de Jacques Deray, tandis que Jane Birkin et Serge Gainsbourg donnent de la voix dans la bande-son dès que le couple parcourt 100 mètres en voiture.

 

By the Sea est un film tellement inconscient de son propre ridicule qu’il devient le film le plus involontairement drôle de l’année, une sorte de « Bruit des Glaçons » bis, sans l’humour, le génie, le charme, le talent, le second degré et les dialogues inspirés de Bertrand Blier… Mais si le ridicule ne tue pas, il est susceptible de rendre plus fort. C’est pourquoi nous conseillons aux rares spectateurs kamikazes qui auraient encore des envies suicidaires de découvrir la chose en salle, de tenter un jeu à boire, avec comme « accessoires » le whisky et le pastis qui coulent à flot dans le film. Le spectateur devra donc boire une gorgée de l’alcool de son choix à chaque fois que :

 

-Angelina enlève ses lunettes

-Angelina remet ses lunettes

-On voit un gros plan sur les lunettes posées sur une table

-Angelina allume une cigarette

-Brad allume une cigarette

-Niels Arestrup évoque sa femme décédée

-le mascara d’Angelina coule

-Angelina prend un bain

-Angelina se recroqueville dans son lit

-Angelina se recroqueville par terre

-Angelina regarde la mer par la fenêtre

-Brad rentre saoul

-Brad enlève son chapeau

-Brad remet son chapeau

-Brad boit un pastis

-Mélanie Laurent se déshabille

-Mélanie Laurent se rhabille

-Melvil Poupaud exhibe son torse

-Richard Bohringer fait le gugusse à l’arrière-plan

 

Arrêtons là les frais, les rares spectateurs qui n’auront pas succombé à un coma éthylique seront de toute façon morts d’ennui depuis belle lurette au cours de ce film de 2h12 qui brasse le vide comme si c’était une épreuve olympique. Le vide, toujours le vide… certes très joliment éclairé par le chef opérateur Christian Berger qui, en utilisant la lumière naturelle, magnifie les décors de bord de mer et le production design aux teintes beiges et sépias de la chambre d’hôtel.

 

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By the Sea est une catastrophe industrielle incapable de transformer son inertie en vertu. Le film d’Angelina n’est rien d’autre qu’un de ces flagrants « vanity projects », de ceux qui, sous prétexte de donner à leurs instigateurs une certaine respectabilité à l’aide d’une vision artistique « à l’européenne », encombrent de temps à autre la carrière de grandes stars. A la grande dame respectable du cinéma américain, nous préférions l’ex-rebelle en début de carrière, celle qui se mutilait les bras, collectionnait les couteaux et portait des fioles contenant le le sang de ses ex-maris autour du cou… Le précédent film réalisé par Angelina, Unbroken (numéro 20 de notre « FLOP » annuel, ce n’est pourtant pas de l’acharnement volontaire de notre part…) faisait lui aussi dans la belle image, mais manquait terriblement du point de vue d’un cinéaste. By the Sea est bien pire encore, un naufrage d’un ennui abyssal, filmé mou, raconté lent, joué dans l’outrance, d’une prétention presque insultante au vu du résultat qui tombe dans le ridicule le plus complet, rappelant la catastrophe du Jour et la Nuit, le nanar touristique universellement détesté réalisé en 1997 par Bernard-Henri Lévy. By the Sea n’a rien à dire de la condition humaine si ce n’est à quel point les couples ont cette faculté de se rendre misérables. Il constitue la pire œuvre des filmographies respectives de Brad et Angie… Ah, les ravages du mariage!…

 

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Actrice, détentrice de deux Oscars, sex-symbol, modèle féministe, ambassadrice de bonne volonté de l’UNICEF, humaniste convaincue et mère courage de 48 enfants, Angelina Jolie a beaucoup de qualités admirables mais, force est de constater qu’elle n’est malheureusement PAS une réalisatrice. Il est donc grand temps qu’elle laisse à nouveau de vrais cinéastes s’occuper de son cas.

 

En guise d’ultime réplique, alors que Roland et Vanessa quittent (enfin !) leur hôtel pour rentrer chez eux, il se penche vers elle et lui dit : « Peut-être faudrait-il qu’on arrête de faire les cons. »

 

Faites donc ça, moi je vais dormir !

 

Grégory Cavinato

Membre de l’U.P.C.B. (Union de la Presse Cinématographique Belge)

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