Actualité 2015… Boomerang

198981BOOMERANG

 

2015, de François Favrat – FRANCE

Avec Laurent Lafitte, Mélanie Laurent, Audrey Dana, Wladimir Yordanoff, Bulle Ogier, Lisa Lamétrie et Eriq Ebouaney

Scénario : François Favrat et Emmanuel Courcol, d’après le roman de Tatiana De Rosnay

Directeur de la photographie : Laurent Brunet

Musique : Eric Neveux

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Avec ma mère à la mer

 

Cette critique contient des SPOILERS (à propos de révélations que n’importe qui aurait vu venir de loin…)

 

En revenant avec sa sœur Agathe (Mélanie Laurent) sur l’île de Noirmoutier, berceau de leur enfance, Antoine (Laurent Lafitte, de la Comédie française) découvre de nouveaux indices à propos du décès tragique de leur maman, dont le corps fut retrouvé échoué sur la plage trente ans plus tôt, alors qu’ils n’étaient que de jeunes enfants. Tel un boomerang (ça fera toujours un bon titre !…), cette tragédie se rappelle à son souvenir au point où cette disparition inexpliquée – maquillée en suicide – se met à l’obséder. Comme quoi il suffit d’un pèlerinage en bord de mer pour enfin daigner s’intéresser à une tragédie familiale et à un mystère irrésolu… Soit. Avec des années de retard, Antoine se met donc à enquêter, à poser les questions qu’il ne faut pas, à déranger les braves gens pour déterrer des secrets enfouis depuis belle lurette… Il découvre bien vite une série de mensonges et de non-dits, une conspiration bien élaborée depuis 30 ans par certains proches. Et si toute l’histoire de cette famille en apparence modèle était à réécrire ? Confronté à une sœur neurasthénique qui préfère ne rien savoir, un père (Wladimir Yordanoff) adepte du silence et une adorable grand-mère (Bulle Ogier) dont la vraie nature n’est pas celle que l’on croit, Antoine se met bientôt toute sa famille à dos. Il devra choisir entre sa loyauté familiale et la découverte d’une terrible vérité.

 

Tournage Boomerang

 

Le poster de Boomerang, troisième film de François Favrat (après Le Rôle de sa Vie et La Sainte Victoire) nous montre trois personnages souriants qui font penser que nous avons affaire à une énième comédie française mettant en scène Laurent Lafitte (de la Comédie française). Pas faux… le problème c’est que Boomerang s’avère en fin de compte être une comédie au comique 100% involontaire.

 

Deuxième adaptation d’un roman de Tatiana de Rosnay, cinq ans après Elle s’appelait Sarah (de Gilles Paquet-Brenner), Boomerang est un cas d’école parfait pour poser la question de la limite ténue entre cinéma d’auteur et soap opéra télévisuel, qui plombe de plus en plus souvent certains films « d’auteurs » français dits « sérieux ». Mensonges de famille, retournements de situations, méchants déguisés en gentils, sexualité cachée, révélations du style « je ne suis pas ton frère et ta mère est en fait ta demi-soeur », comme dans un épisode quelconque d’Amour, Gloire et Beauté, des Feux de l’Amour ou dans une célèbre parodie des Inconnus située à l’hôpital Velpo!… Boomerang est un objet tellement peu cinématographique qu’il est légitime de se demander qui a donné le feu vert à un projet aussi bancal, idiot et mal écrit.

 

Ce n’est pas tellement que les thèmes abordés ne sont pas dignes de l’être au cinéma, après tout, les histoires de familles peuvent toujours faire de formidables tragédies grecques. Mais la manière hautement ridicule avec laquelle François Favrat agence son suspense et des retournements de situation à foison est tellement prévisible et peu crédible qu’il devient vite impossible de ne pas s’esclaffer devant une telle dose de comique involontaire dans un film qui se prend terriblement au sérieux.

 

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Le dénouement final de l’intrigue repousse très loin les limites du ridicule par une pirouette scénaristique tellement impardonnable et malhonnête que même les scénaristes de « Scooby-Doo » ne l’auraient pas tentée. (SPOILERS) Durant tout le film, il est sous-entendu que la fille adolescente de Laurent Lafitte (de la Comédie française), la seule personne un peu équilibrée de la famille, cache son homosexualité. Un détail anodin qui semble tomber comme un cheveu dans la soupe et ne rien apporter à l’intrigue. C’est pourtant cette ado qui explique à Antoine, pas très vif, tout ce que le spectateur avait compris depuis à peu près 45 minutes : sa maman fut bannie puis assassinée parce qu’elle vivait une aventure avec une autre femme. Bannie par la gentille grand-mère qui refusait ce genre de scandale dans sa famille… un lourd secret que seul Laurent Lafitte (de la Comédie française) et Mélanie Laurent semblaient ignorer. C’est donc gràce à l’homosexualité de sa fille que Laurent Lafitte (de la Comédie française) découvre l’homosexualité de sa mère. Il fallait y penser !… Cette lourde révélation nous vaut une altercation d’anthologie entre Laurent Lafitte (de la Comédie française) et Bulle Ogier, scène hallucinante de surjeu où la mémé auparavant très mamy gâteau, se révèle en véritable monstre du style Kathy Bates dans Misery ! Une scène d’hystérie qui se termine (bien fait pour elle!) par une crise cardiaque bien pratique… Nous avons beau admirer Bulle Ogier, force est de constater qu’elle est d’un ridicule anthologique lorsque sa vraie nature est enfin révélée, dans cet échange avec son petit-fils et dans le flashback où elle bannit sa belle-fille et se transforme subitement en Cruella DeVil.

 

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Le reste du casting est à l’avenant : Laurent Lafitte (de la Comédie française) tente très fort d’avoir l’air concerné mais, embarrassé par des dialogues atrocement mal écrits, les récite machinalement d’une manière très peu naturelle. Peut-être l’acteur devrait-il retourner prendre quelques cours à la Comédie française ?… Mélanie Laurent, dans le rôle de la sœur naïve, se montre plus agaçante et tête à claques que jamais, chuchotant toutes ses lignes et jouant uniquement sur la fragilité du personnage. Heureusement, le réalisateur confine Agathe à l’hôpital durant une bonne partie du film, suite à un impressionnant accident de voiture, qui n’a aucune sorte de répercussion sur le reste de l’intrigue, à part peut-être de retarder le dénouement… preuve de la maladresse d’une adaptation ratée qui oublie de biffer le superflu !

 

Nous serons plus indulgents avec le toujours excellent Wladimir Yordanoff (le frère de Jean-Pierre Bacri dans Un Air de Famille) qui se montre excellent en père lâche et colérique, déchiré entre la loyauté envers sa mère monstrueuse, sa rancœur d’avoir été trompé par son épouse (30 ans auparavant !) et la vérité qu’il omet volontairement de dire à ses enfants. La seule scène réellement réussie du film est une longue dispute entre le père et le fils, lors d’un réveillon de Noël qui tourne au pugilat verbal.

 

Particulièrement mal construit, avec des constants allers-retours entre le présent et le passé, utilisant le thème de l’homosexualité comme un simple gimmick scénaristique, Boomerang aimerait faire passer ses bonnes intentions en faisant se confronter le BIEN (la jeune ado gay) et le MAL (la grand-mère homophobe) avec une bienpensance qui confine au simplisme. Les facilités narratives sont légion : ainsi, pour combler son malaise, Antoine vit une romance – entièrement inutile et malvenue – avec une jeune femme de Noirmoutier (Audrey Dana) qui lui rappelle sa mère. C’est bien gentil et c’est tant mieux pour lui mais ça ne rend pas forcément service au film, d’autant plus que ces scènes monopolisent le temps et ne font jamais avancer le schmilblick… C’est bien là le plus gros problème du scénario de Boomerang : ses inexcusables raccourcis narratifs, ses longueurs sans raisons d’être et le côté totalement aléatoire de certains évènements qui se produisent lors d’une enquête au mystère très vite éventé. Comme dans La Cité de la Peur, le spectateur aura plus d’une fois l’envie de crier : « Oh ben ça, ça tombe bien alors !!! »…

 

Tournage Boomerang

 

Boomerang brouille définitivement la limite entre cinéma et feuilleton télévisé français bas de gamme. Même visuellement, malgré la beauté de certains décors de Noirmoutier, le film de François Favrat ne va pas beaucoup plus loin qu’une production télévisuelle au rabais du style Orages d’été ou Le Vent des Moissons… le genre de téléfilm que nos grands-mères regardent le dimanche après-midi entre Michel Drucker et la tarte au riz. Certes, la révélation finale aurait peut-être étonné, voire choqué nos chères mamies, mais Boomerang manque malgré tout d’un élément qui aurait réellement provoqué leur enthousiasme : une apparition surprise de Louis la Brocante !

 

 

Grégory Cavinato

Membre de l’U.P.C.B. (Union de la Presse Cinématographique Belge)

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