Actualité 2014… Out of the Furnace

out_of_the_furnace_posterOUT OF THE FURNACE

(LES BRASIERS DE LA COLERE)

2013, de Scott Cooper – USA

Scénario : Scott Cooper et Brad Ingelsby

Avec Christian Bale, Casey Affleck, Woody Harrelson, Sam Shepard, Willem Dafoe, Forest Whitaker, Zoe Saldana et Tom Bower

Directeur de la photographie : Masabobu Takayanagi

Musique : Dickon Hinchliffe

 

 

 

 

Comme t’y es, Bale!

 

Dans les mains d’un réalisateur moins « en vogue », Out of the Furnace aurait pu donner l’un de ces innombrables DTV d’action tournés à la chaîne en Roumanie avec Steven Seagal ou encore un polar seventies dans lequel un Charles Bronson décent et ordinaire se transforme en vigilante pour venger ses proches. Jugez plutôt : Russell (Christian Bale), un ouvrier sans histoire sort de prison après avoir causé un accident de la route mortel. Entretemps, sa compagne (Zoe Saldana) s’est mariée avec le shériff local (Forest Whitaker). Le monde de Russell s’écroule lorsque Rodney (Casey Affleck), son frère cadet, vétéran de l’Irak, est assassiné par un terrifiant dealeur et promoteur de combats illégaux (Woody Harrelson) pour une sombre histoire de dettes. Au risque de perdre définitivement son humanité, pour Russell, l’heure de la vengeance a sonné. Cette fois, c’est personnel…

 

OUT OF THE FURNACE

 

On l’aura compris, le scénario de Out of the Furnace est loin de briller par son originalité. Alors allez expliquer comment se retrouvent à l’affiche de ce film produit par Leonardo DiCaprio et Ridley Scott des noms aussi prestigieux que Bale, Affleck, Harrelson, Whitaker, Saldana, Willem Dafoe et Sam Shepard!… La réponse : Scott Cooper, dont le premier film, le surestimé Crazy Heart valut à Jeff Bridges l’Oscar du Meilleur Acteur pour son rôle de vieux chanteur country alcoolique. Cooper étant réputé pour être un excellent directeur d’acteurs (ce qui se confirme), il était donc logique que son nouveau film attire des stars. Mais ont-elles fait le déplacement pour rien ?… Pas tout à fait. La banalité du scénario, le réalisateur la transcende grâce à la performance habitée d’un fabuleux Christian Bale, dont le personnage, un homme ordinaire acculé à la violence, rappelle celui qu’il campait dans 3h10 pour Yuma. De personnage positif et amoureux, survivant tant bien que mal et en silence dans cette ville industrielle frappée par la crise, Bale se transforme en un animal blessé et assoiffé de vengeance, sans pour autant perdre son humanité sous-jacente derrière ses tatouages de cul-terreux. Son regard triste est inoubliable.

 

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Casey Affleck, un des acteurs les plus intéressants et singuliers de sa génération, incarne une variante tragique (mais moins chevelue) du célèbre Rambo : un jeune vétéran instable, traumatisé par ses souvenirs guerriers, de retour dans une Amérique ingrate où il ne peut se réinsérer. Sa rage est prégnante et Affleck livre une fois de plus une de ces performances subtiles – entre brutalité et vulnérabilité à fleur de peau – dont il a le secret… On se raccroche donc à ces performances et à quelques éléments épars qui relèvent le niveau d’un récit beaucoup trop « déjà vu » : l’amitié poignante entre ces deux frères bien intentionnés mais brisés par la malchance, l’humanité d’un flic (Whitaker) envers l’homme dont il a volé la femme, un impressionnant et brutal combat à mains nues…

 

Seul Woody Harrelson ne convainc pas vraiment. Malgré le talent indéniable de l’acteur qui livre une performance très physique, son personnage monolithique et répugnant de redneck ultra-violent – un gros dur tatoué qui allume ses clopes au chalumeau et qui parle comme s’il essayait d’avaler du charbon – ne dépasse jamais le stade de la caricature. Avec un patronyme comme « Harlan De Groat », la nature diabolique du personnage ne fait d’ailleurs aucun doute…

 

OUT OF THE FURNACE

 

Dommage car les des décors désolés de la Pennsylvanie ne manquent pas d’une certaine poésie rappelant (toute mesure gardée) la ville ouvrière où se situait The Deer Hunter, comme cette usine destinée à une fermeture proche, dernier point d’ancrage auquel les personnages se rattachent… Pour un polar à message sur fond de crise financière, on préférera le récent Killing Them Softly d’Andrew Dominik. Mieux vaut donc prendre Out of the Furnace pour ce qu’il est réellement : un petit western classique et sépulcral, déguisé en drame social, dont le dénouement sobre et quasi-muet s’avère d’une classe indéniable.

 

Grégory Cavinato

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