Actualité 2014… Lucy

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2014, de Luc Besson – FRANCE / USA

Avec Scarlett Johansson, Morgan Freeman Choi Min-Sik, Amr Waked et Analeigh Tipton

Scénario : Luc Besson

Directeur de la photographie : Thierry Arbogast

Musique : Eric Serra

 

 

 

 

 

 

 

Billion Dollar Brain

 

Luc Besson qui prétend explorer les limites de l’intelligence humaine est un concept à peu près aussi saugrenu qu’un remake de Rosetta par Michael Bay. En guise de note d’intention de Lucy, son seizième long métrage, le français barbu rédige un petit texte (largement diffusé sur Twitter), résumant le projet : « Lucy est un film extrêmement visuel. Il est difficile à résumer sans prendre le risque d’ennuyer ou de perdre le lecteur. Voici donc quelques mots évocateurs, qui permettront de se faire une idée plus claire. Le début, c’est Léon. Le milieu c’est Inception. La fin, c’est 2001, l’Odyssée de l’Espace. Ne méprenez pas ces intentions pour de la prétention de ma part, mais tout simplement comme une indication de points de références visuels, émotionnels et philosophiques. »

 

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Programme intéressant, notamment quand le réalisateur admet vouloir faire de l’autocitation en recréant l’ambiance de son propre Léon (1994), qui reste – de très loin – son meilleur film à ce jour. Et si au niveau qualitatif, les aventures de Lucy ne risquent pas de venir supplanter celles du tueur professionnel simplet, ça ne veut pas dire pour autant que nous n’allons pas nous amuser.

 

La « Lucy » en question (référence à la fameuse australopithèque considérée comme la première femme au monde retrouvée par la science), c’est Scarlett Johansson, une fille paumée et de prime abord pas très futée qui va se retrouver malgré elle (à cause d’un boyfriend foireux) prise dans un engrenage mortel : kidnappée à Taïwan par la mafia locale, elle va servir de « mule » pour transporter une drogue expérimentale cachée dans son abdomen, la CPH4. Pas de chance, Lucy est battue à coups de pieds par un violent trafiquant et le sachet se déchire. La drogue se répand instantanément dans son organisme. Résultat, la jeune femme acquiert en un temps records des pouvoirs mentaux et des capacités physiques exceptionnelles qui lui permettent, entre autres, de ressentir tous les éléments, de se souvenir du moindre petit détail sensoriel (souvenirs anciens, goûts, odeurs) de son existence, d’absorber des informations à la vitesse d’un super-ordinateur, d’acquérir des pouvoirs télékinésiques à faire pâlir le Professeur Xavier, mais aussi de voyager mentalement dans le temps jusqu’aux origines du monde et surtout, de ne plus éprouver la moindre douleur. Le revers de la médaille : Lucy comprend qu’elle est condamnée à court terme… Devenue pratiquement surhumaine et capable de faire absolument TOUT ce qu’elle désire, y compris tuer ses poursuivants d’un simple regard, Lucy s’enfuit et se lance à la recherche du Professeur Norman (Morgan Freeman), un brillant scientifique dont les recherches sur les capacités du cerveau humain pourraient l’aider à survivre. Lucy est poursuivie, jusqu’à Paris, par la mafia taïwanaise en la personne du dangereux psychopathe Mr. Jang (Choi Min-Sik, le héros de Oldboy) et de ses sbires.

 

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Après Johnny Depp dans le soporifique Transcendence (avec déjà, Morgan Freeman dans un rôle très similaire, c’est à dire une prestation purement alimentaire où l’acteur ne se foule pas trop), c’est à la jolie Scarlett de devenir un être tout puissant, dont les pouvoirs sont tellement incroyables que toute notion de danger envers l’héroïne s’évapore très vite. Et c’est là le problème majeur du film : Lucy ayant acquis des capacités surhumaines dignes de celles du Dr. Manhattan dans Watchmen, il n’y a plus guère de raison de s’en faire pour elle puisque ses ennemis sont des fourmis qu’elle peut écraser sans le moindre effort…

 

Par conséquent, les nombreuses scènes d’action qui ponctuent le film sont inutiles et redondantes. Elles se marient mal avec le sujet et semblent sorties tout droit d’une des nombreuses productions formatées de Besson, style Taken, The Transporter ou Three Days To Kill, peuplées de méchants asiatiques débiles et tellement stéréotypés qu’il est préférable d’en rire. Une très longue poursuite en voiture dans les rues de Paris n’apporte absolument rien au film, si ce n’est de faire passer le temps et de faire plaisir au public de beaufs à qui Besson à consacré sa carrière…

 

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Lucy pose la question : « Qu’adviendrait-il d’un être humain capable d’utiliser ses capacités cérébrales à 100%, alors qu’il n’en utilise en moyenne que 12 ? ». Malheureusement, au fur et à mesure que les fonctions cérébrales de Scarlett Johansson se développent, celles de Luc Besson (déjà pas bien fameuses) s’amenuisent avec un scénario bateau qui fait fausse route dans l’action au détriment de l’exploration de son excitant concept.

 

Comme souvent dans sa filmographie (de producteur, scénariste ou de réalisateur), les pires travers de la personnalité du cinéaste font leur apparition, à petites doses. Raciste (tous les asiatiques sont méchants et stupides), misogyne (Besson prend un peu trop de plaisir dans cette scène ultra-violente où Lucy se fait passer à tabac), et souffrant d’un concept excitant mais peu approfondi, Lucy est un film certes décevant (à moins d’être un inconditionnel invétéré du cinéaste) mais néanmoins très amusant, à l’esprit un peu fou et particulièrement bien rythmé. Le montage en particulier s’avère souvent très original, avec des images de documentaires animaliers intercalées lors d’un cours en auditoire donné par Morgan Freeman et une séquence de voyage dans le temps passant par de nombreuses époques historiques, digne d’un ride à Disneyland.

 

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Besson retrouve de temps à autres l’inspiration et la singularité visuelles de ses débuts, notamment lors de scènes où Lucy découvre l’ampleur de ses pouvoirs, mais également lors de ces scènes « trippantes » de voyage dans le temps qui, plutôt que de retrouver la majesté du film de Stanley Kubrick de la note d’intention, rendent un hommage (sans doute involontaire) au chef d’œuvre de Ken Russell, Altered Stated (Au-Delà du Réel, 1980), avec des visions de science-fiction mi-cliché, mi-comiques, fréquentées par des indiens des plaines à plumes, un gros dinosaure issu tout droit de La Famille Pierrafeu et une australopithèque poilue…

 

Malheureusement, le chapitre final, bien qu’ambitieux, se termine en pétard mouillé, notamment parce que Besson décide de transformer son héroïne à la manière du final d’Akira (1988), le chef d’œuvre animé de Katsuhiro Otomo. Malheureusement, le souvenir ému du manga (et de sa parodie géniale dans South Park) joue en la défaveur de Lucy.

 

Heureusement, Besson tient son arme secrète grâce à l’implication complète de son actrice principale. Affublée tour à tour de deux perruques hideuses qui ne rendent pas hommage à sa grande beauté naturelle (blonde peroxydée la majorité du film, puis longs cheveux noirs avec frange lorsqu’elle cherche à passer inaperçue…), la Johansson se donne néanmoins à 100% et excelle dans les scènes où Lucy découvre ce monde qu’elle pensait connaître sous un jour totalement nouveau. « L’humanité et les faiblesses des hommes empêche chez eux une perception totale et claire du monde qui les entoure » explique – en gros – Morgan Freeman… Scarlett Johansson, dans une prestation proche de celle de Jeff Bridges dans Starman, joue à merveille de ce concept : se « robotisant » au fur et à mesure qu’elle se perfectionne, Lucy reste malgré tout un personnage attachant, ce qui n’est pas un mince exploit.

 

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Malgré ses nombreux défauts inhérents à l’univers « bessonnien », Lucy vient donc confirmer que 2014 est définitivement « l’année Scarlett », après sa sensuelle performance vocale dans Her, une « Black Widow » au rôle plus fouillé dans l’excellent Captain America –  The Winter Soldier et le chef d’œuvre de la science-fiction de l’année (de la décennie ?), Under the Skin

 

Seule Scarlett semble y croire un minimum : Morgan Freeman, comme il a un peu trop tendance à le faire récemment (Red, Oblivion, Now You See Me, Olympus Has Fallen, Last Vegas, Transcendence) est en pilotage automatique. Les flics français représentés par Amr Waked cabotinent à souhait et parlent anglais comme Jean Lefebvre dans Le Gendarme à New York… Le méchant mafieux incarné par Choi Min-Sik est filmé comme un clone éhonté de Gary Oldman dans Léon (mêmes angles de prises de vue en légères contre-plongées, même intensité à fleur de peau, même regard torve), mais sans les dialogues et l’énergie démentielle qui avaient fait de ce dernier un personnage inoubliable.

 

En envisageant un film sur les limites de l’intelligence humaine et en accouchant au final d’une œuvre formatée et prévisible, Luc Besson donnait la corde pour se faire pendre et s’exposait aux pires critiques de sa carrière. En l’état, Lucy, qui triomphe actuellement au box-office, reste une bonne série B divertissante, ni plus ni moins… Un peu misogyne, un peu raciste, un peu décérébré et n’explorant qu’une partie infime d’un concept passionnant, Lucy, par son énergie et quelques trouvailles visuelles, est pourtant en fin de compte un des meilleurs films du réalisateur, en très petite forme dans les années 2000… ce qui ne casse pas trois pattes à un canard mais en dit quand même assez long sur la filmographie et le talent relatif du bonhomme…

 

 

 

Grégory Cavinato

Membre de l’U.P.C.B. (Union de la Presse Cinématographique Belge)

One Response to Actualité 2014… Lucy

  1. veriter says:

    Est-ce que en nous introduisant du cph4 dans notre corps ça fera de même?

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