Actualité 2014… John Wick

john-wick-poster-Keanu-reevesJOHN WICK

2014, de Chad Stahelski – USA

Avec Keanu Reeves, Willem Dafoe, Michael Nyqvist, John Leguizamo, Alfie Allen, Adrianne Palicki, Bridget Moynahan, Lance Reddick, David Patrick Kelly, Daniel Bernhardt et Ian McShane

Scénario : Derek Kolstad

Directeur de la photographie : Jonathan Sela

Musique : Tyler Bates et Joel J. Richard

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Royal Keanu

 

« Keanu ancien assassin prendre retraite. Keanu amoureux jolie fiancée. Jolie fiancée mourir cancer. Keanu triste…

 

Jolie fiancée morte offrir dernier cadeau Keanu : gentil chiot mignon. Keanu faire ami gentil chiot mignon. Keanu content !…

 

Keanu rencontrer méchants russes. Méchants russes aimer jolie voiture Keanu. Keanu refuser vendre jolie voiture. Méchants russes fâchés ! Méchants russes s’introduire maison Keanu voler jolie voiture. Méchants russes tabasser Keanu. Méchants russes tuer gentil chiot mignon. Keanu fâché!…

 

Keanu essayer pleurer. Keanu pas arriver pleurer manière crédible. Keanu jouer comme Dominique Farrugia dans Cité de la Peur.

 

Keanu retrouver instincts tueur vie antérieure. Keanu jouer dans Matrix : Keanu connaître kung fu! Keanu déterrer arsenal militaire dans cave. Keanu préparer vengeance. Keanu botter fesses et tuer méchants russes. A peu près 250 méchants russes. Keanu content !…

 

Film terminer. »

 

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Les jeux à boire peuvent s’avérer un passe-temps particulièrement dangereux lorsque l’on regarde un film d’action entre amis. Avec John Wick, le spectateur alcoolique le plus aventureux risque le coma éthylique si il boit une gorgée à chaque fois que :

 

-Keanu abat un méchant à bout portant d’une balle dans la tête.

 

-Keanu abat un méchant de trois balles dans le torse.

 

-Keanu abat un méchant à bout portant d’une balle dans la tête puis de trois balles dans le torse (ou l’inverse…)

 

-Keanu brise la nuque d’un méchant.

 

-Keanu s’éloigne d’une explosion au ralenti.

 

-Keanu grogne ses dialogues.

 

-Keanu sort sa pétoire dans un lieu public, abat 50 méchants sans qu’aucun passant innocent ne soit blessé dans la fusillade.

 

-Du faux sang en images de synthèse gicle.

 

-Des méchants s’insultent en russe.

 

-Un russe boit de la vodka.

 

-Le méchant en chef prononce le nom « John Wick » sur un ton menaçant.

 

-Keanu fait une chute de 10 mètres sur le dos et se relève aussitôt, indemne.

 

-Le réalisateur fait un plan de coupe sur un panorama de la ville vue du ciel entre deux scènes d’action.

 

On en passe et des meilleures…

 

john-wick-is-keanu-reeves-best-movie-since-the-matrix

 

Tout ça, c’est la faute à Luc Besson ! Avec le succès phénoménal du (pourtant très médiocre) Taken (dont l’épisode 3 est prévu pour janvier 2015), chaque star virile et charismatique sur le retour ou en bisbille avec le FISC (c’est de toi que je parle, Nicolas !) peut désormais se réinventer en « action star » dans des franchises aussi décérébrées et peu ambitieuses que hâtivement emballées pour des budgets raisonnables et qui fonctionnent du tonnerre au box office ! Liam Neeson en sait quelque chose, puisque, à l’aube de la soixantaine, sa carrière a trouvé un second souffle avec un succès financier exceptionnel… John Wick, qui tente de faire la même chose pour la carrière déclinante du héros de Matrix, est du même acabit mais, dans le genre, représente une espèce de summum ! Le but avoué des instigateurs de John Wick est évidemment de retrouver la formule à succès des Taken (un héros solitaire, ancien tueur professionnel à la retraite, est forcé de reprendre du service et de dézinguer des dizaines de méchants) et de la combiner avec le style percutant de l’indonésien (et néanmoins brillant) The Raid, en accumulant de looooooongues scènes de baston où le héros, seul, affronte dans un endroit clos des dizaines d’assaillants. Que ce soit dans sa maison, dans une boite de nuit ou même dans une église, Keanu se retrouve fréquemment à 1 contre 100…

 

Malheureusement, n’est pas Gareth Evans qui veut ! Les nombreux combats à mains nues de John Wick brillent davantage par leur violence de cartoon totalement décomplexée que par la qualité de leurs chorégraphies, beaucoup trop répétitives, même si certains coups portés font très mal et que les combattants s’avèrent très athlétiques. A une ou deux exceptions près (notamment l’apparition brutale de Daniel Bernhardt, héros de Bloodsport 2, 3 et 4), les nombreux ennemis de Keanu ne représentent pas le moindre danger. Ils se ressemblent tous, s’habillent tous de la même façon et n’ont pas la moindre personnalité. Des anonymes en masse qui servent de chair à pâté à la star dans des combats très sanglants où la plupart d’entre eux trépassent d’une balle tirée à bout portant, en plein front… Dès la première scène d’action (l’assaut de la maison du héros), on nous met devant le fait accompli : Keanu est indestructible. Il tue 12 hommes en deux minutes sans transpirer. Plus tard, dans une boite de nuit bondée, il en zigouille une bonne trentaine sans se fatiguer, paisible… A faire passer Liam Neeson pour un aimable touriste! La formule ne changera pas jusqu’au générique de fin…

 

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Bénéficiant d’un scénario tiré du manuel « le film d’action pour les nuls », John Wick empile les clichés comme son héros empile les cadavres. Bridget Moynahan (Sandra Bullock n’était pas libre…) joue en flashbacks le rôle ingrat de l’épouse adorée, vouée à un destin funeste, mais qui avant de mourir a réussi par sa douceur à rendre paisible un homme au passé violent… Michael Nyqvist (Peter Stormare n’était pas libre…) incarne le méchant de service, un horrible mafieux mal rasé, à l’accent à couper au couteau, ayant à sa disposition des centaines d’hommes de main sacrifiables. (Mais d’où sortent-ils tous ???…) Willem Dafoe (Samuel L. Jackson n’était pas libre…) joue le vieil ami du héros. On nous raconte qu’ensemble, ils ont autrefois fait les 400 coups. Il va l’aider dans sa tâche, même si un gros doute s’installe quant à ses accointances et sa fidélité… Ian McShane (Morgan Freeman n’était pas libre…) nous gratifie d’une amusante apparition en gentil mentor du héros, sage, distingué et plein d’humour, mais violent quand il le faut. Quant à Alfie Allen (alias Theon Greyjoy, privé de ses parties intimes depuis la saison 3 de Game of Thrones) et ses yeux globuleux de fou furieux (Ben Foster n’était pas libre…), il joue le fils décadent, irresponsable, idiot et psychopathe du méchant, celui par qui la violence se met en branle…

 

Rien de bien neuf sous le soleil… Que viennent donc faire dans cette série B dénuée de toute originalité des pointures comme Willem Dafoe et Ian McShane, se demande-t-on…

 

Ce qui nous amène à nous pencher sur le cas de Keanu Reeves (Nicolas Cage n’était pas libre…) Sans aucun doute l’acteur le plus inexpressif et monolithique de sa génération, malgré son côté « dude » sympathique non négligeable. Diplômé avec mention très bien de la « Steven Seagal School of Acting », Keanu, suite aux échecs monumentaux et consécutifs de 47 Ronin et Man of Tai Chi, tous deux sortis en 2013, cherche donc à se réinventer en star de film d’action avec (ça tombe bien)… le rôle le plus inexpressif et monolithique de sa carrière ! Prononçant une quinzaine de mots durant tout le film, ses talents d’acteur limités sont à peine requis… ce qui en fait n’est vraiment pas plus mal puisque « Légère Brise Fraîche » (comme ont cru bon de le prénommer ses parents) n’est jamais plus convaincant que lorsqu’il se tait et n’essaie pas vainement de « jouer »… Ceux qui l’ont vu gesticuler vainement et se dépêtrer douloureusement avec son accent anglais dans le Dracula de Francis Ford Coppola en rient encore… Toujours beau gosse et doté d’un côté taciturne qui lui va plutôt bien (c’est dingue comme une simple barbe vous change un acteur!), Keanu en impose également dans les scènes d’action puisqu’il s’est de toute évidence entraîné à la dure pour être crédible et suffisamment athlétique pour enchaîner sans broncher un cassage de bras avec trois coups de revolver, suivis d’une triple série de bourre-pifs et de nuques pulvérisées. Ses adversaires, John Wick ne se contente pas de les abattre, il les éparpille par petits bouts, façon Puzzles… Bref, quand on lui tue son chien, il ne correctionne plus, il dynamite, il disperse, il ventile…

 

JOHN WICK

 

Premier film de Chad Stahelski, cascadeur et doublure officielle de Keanu Reeves depuis Point Break en 1991, John Wick est de toute évidence un film de studio, mécanique, aux rouages grippés et qui ne prend aucun risque narratif, égrenant les uns après les autres tous les clichés habituels du film d’action hollywoodien moyen. Misogyne en diable (toutes les femmes du film sont, au choix : mortes, des traîtres, des serveuses ou des prostituées), prévisible (n’importe quel scénariste débutant pourrait écrire le film en quelques heures sans trop se fatiguer), parsemé de dialogues risibles et de caricatures de méchants d’Europe de l’est à faire passer Luc Besson pour un chantre de l’anti-racisme, John Wick n’est à priori pas bien folichon.

 

Le film de Stahelski accumule les erreurs inhérentes aux premiers films (les transitions entre les scènes sont toutes identiques) et est sérieusement handicapé par une photographie grisâtre et peu inspirée, trop tristounette et monotone pour plaire. Sans parler de ces satanées giclées de sang en images de synthèse qui font regretter le bon vieux temps (pas si lointain) des effets spéciaux « en direct sur le plateau »… Davantage chorégraphe de scènes d’action que véritable réalisateur, Stahelski, dans un premier temps, ne transcende que trop rarement un script routinier indigne du pire jeu vidéo.

 

Jusque là, le bilan n’est donc pas bien fameux. Et puis, en milieu de film, le sentiment de routine s’évapore et un petit miracle se produit. Et si tout ça n’était en fait qu’une vaste blague ? Une sorte de pastiche involontaire qui deviendrait sublimement drôle au 36ème degré ? John Wick, le film le plus « over-the-top » vu depuis belle lurette semble parfois s’amuser de sa propre bêtise, un peu comme le faisait un certain Commando en 1985. Volontairement ou pas ? Ce n’est jamais vraiment clair… Prenant un malin plaisir à se complaire dans l’ultraviolence gratuite et une surenchère de cadavres impressionnante, John Wick devient par moments totalement fascinant par son cynisme, sa bêtise revendiquée et son manque d’originalité porté en étendard. Pris au 36ème degré, John Wick acquiert petit à petit, au fil des nombreuses scènes de carnage, une nouvelle dimension fascinante et, sous réserve de laisser son cerveau au vestiaire, s’avère en fin de compte follement amusant. En plus d’être le nouveau film d’action « ultime » et de se permettre quelques déviances gore, il s’autorise à émettre un commentaire critique sur le genre en versant régulièrement dans la caricature de haut vol. Vers son deuxième acte, John Wick se permet même quelques touches humoristiques savoureuses, notamment avec l’invention d’un grand hôtel « réservé aux tueurs professionnels » (gags à l’appui) et l’intervention d’un hilarant groupe de nettoyeurs spécialisés dans l’art de faire disparaître les cadavres. La dimension comique de John Wick, un film qui semble toujours conscient des ses limites et heureux de souligner ses défauts sans jamais vraiment savoir comment y remédier, finit par en faire une expérience très curieuse. Le spectateur passe de l’assoupissement poli aux soupirs énervés, avant de se laisser prendre au jeu d’une œuvre bourrée de défauts mais au charme insidieux, tellement bête qu’ils ont bien du le faire exprès!

 

JOHN WICK

 

On regrettera juste que le script n’autorise pas Keanu Reeves à se lâcher ailleurs que dans la violence. Nul doute que le bruyant Nicolas Cage se serait emparé d’un tel rôle pour nous réserver quelques purs moments de folie dont il a le secret. Keanu n’est pas ce genre d’acteur. Pas bien grave cependant, puisque l’on s’amuse quand même beaucoup, même si notre premier instinct nous pousse à refuser de l’admettre… Ainsi, visionner John Wick dans une salle remplie de critiques de cinéma sérieux et « respectables » vaut son pesant de cacahuètes. Lesquels vont rire ? Lesquels vont soupirer ? Lesquels quitteront la salle ?…

 

Pas suffisamment parodique pour s’élever au niveau de l’hilarant Shoot’em Up (2007, avec Clive Owen) et pas assez maîtrisé pour laisser un souvenir impérissable, encore moins pour réinventer le genre comme le faisait le solide et malicieux Payback (1999, avec Mel Gibson), John Wick est un objet totalement « autre », le genre de film déviant, symptomatique d’un cinéma d’action actuel de plus en plus décérébré. Un film objectivement très mauvais et que l’on aimerait tant détester, mais en fait véritablement savoureux… John Wick est un cas que l’on montrera dans les cinémathèques dans 50 ans dans les programmes « séries B et séries Z »… Les véritables intentions de ses instigateurs quant au ton du film (se veut-il une parodie du genre ou tente-t-il réellement de nous faire croire au trauma de Keanu ?) resteront quoi qu’il arrive, un véritable mystère… même si la campagne d’affichage officielle du film semble plutôt pencher pour la franche rigolade…

 

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De toute évidence conçu comme le premier volet d’une franchise potentielle, John Wick a, par chance, fait un véritable carton au box-office américain et a ainsi permis de relancer la carrière moribonde de sa star qui vient de fêter ses 50 ans.

 

Keanu content.

 

John Wick will be back…

 

 

Grégory Cavinato

Membre de l’U.P.C.B. (Union de la Presse Cinématographique Belge)

 

 

 

5 Responses to Actualité 2014… John Wick

  1. Brad Majors says:

    Alors là, je te trouve un peu rude. Moi, j’ai trouvé que c’était une série B assez bien torchée, et surtout pleine de second degré (le « Oh » de Nyqvist en maffieux russe quand on lui donne le nom de John Wick comme victime de son fils, un peu tout se qui se passe dans l’hôtel… et du reste, Nyqvist qui a l’air amusé comme personne quand ça commence à chier autour de lui). De plus, je trouvais la plupart des scènes de baston/fusillade mieux foutues que la moyenne, et surtout nettement plus plus lisibles (j’ai pas dit que c’était du John McTiernan non plus). Donc, au-dessus du lot de films d’action récents, mais loin des classiques, on est d’accord.

    Cela dit, je me pose des questions sur le niveau de sadisme du mec qui propose à Keanu Reeves d’interpreter un mec qui perd sa femme d’une maladie (entre sa femme qui est morte et sa soeur qui a une leucémie). Enfin, je ne veux pas faire mon Closer non plus.

    • Toursiveu says:

      Tu n’as peut-être pas tort. Selon l’humeur du moment, John Wick peut se voir comme un monument de comédie au second degré. Seulement voilà, c’est un film que j’ai vu il y a 2 ou 3 mois et je dois avouer que je n’en ai déjà plus un très grand souvenir. Et ce n’est pas du à un Alzheimer précoce. Je me rappelle surtout que la chorégraphie des scènes d’action, notamment dans la scène de la boite de nuit, c’était du pur jeu vidéo : 1 homme invincible contre 150 ennemis anonymes. Pas de danger, pas de suspense… Cette surenchère m’agace, tout comme les giclées de sang en images de synthèse qui, si elles passent au cinéma, s’avèreront hideuses en BluRay. J’aurais sans doute préféré un vrai polar bien nerveux à la Payback (version Mel Gibson) plutôt qu’un film qui hésite sans cesse entre brutalité et parodie.

      Quand au sadisme auquel se soumet Keanu Reeves, tu n’as pas tort. Son personnage lui ressemble davantage que celui qu’il jouait dans Little Buddha… Mais beaucoup d’acteurs jouent des rôles pour exorciser certains démons. Le meilleur exemple c’est The Grey, dans lequel Liam Neeson joue un mec au bout du rouleau qui veut se suicider après la mort de son épouse… un film qu’il a tourné 1 an / 1 an et demi après la mort de Natasha Richardson. Sans parler du remake TV de Fenêtre sur Cour avec Christopher Reeve déjà paralysé (remarque, pour sa défense, à ce point de sa carrière, on ne lui proposait plus que des rôles de paralytiques…) D’autres exemples : la série Californication dans lequel David Duchovny joue un playboy vieillissant qui ne peut pas garder sa **** dans son pantalon et la série Two and a Half Men dans lequel Charlie Sheen joue un riche alcoolique dragueur, vulgaire, cynique et collectionneur de prostituées… à la limite on les aurait filmés dans leurs vies quotidiennes respectives que ça n’aurait rien changé!

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