Actualité 2014… Dawn of the Planet of the Apes

dawn-of-the-planet-of-the-apes-official-posterDAWN OF THE PLANET OF THE APES

(LA PLANETE DES SINGES : L’AFFRONTEMENT)

2014, de Matt Reeves  – USA

Avec Andy Serkis, Jason Clarke, Gary Oldman, Keri Russell, Toby Kebbell, Kodi Smit-McPhee, Judy Greer et Nick Thurston

Scénario : Mark Bomback, Rick Jaff & Amanda Silver

Directeur de la photographie : Michael Seresin

Musique : Michael Giacchino

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Caesar d’Honneur

 

Le meilleur compliment que l’on peut faire au réalisateur Matt Reeves, à l’acteur Andy Serkis et aux magiciens des effets spéciaux de WETA Digital à propos de cette suite de Rise of the Planet of the Apes, le reboot de 2011 signé Rupert Wyatt, c’est d’évoquer la vitesse à laquelle on oublie la performance technique exceptionnelle qui se déroule devant nos yeux pour se concentrer sur l’histoire, un scénario classique dans son approche, mais exécuté avec une telle maestria visuelle et émotionnelle que l’on prend très vite ces dizaines de singes parlants pour acquis. Aucun humain n’apparaît dans les 20 premières minutes du film, juste un peuple singe en pleine chasse à l’ours : des chimpanzés, des gorilles et un sage orang-outan prénommé Maurice, en hommage à l’acteur Maurice Evans qui jouait le Dr. Zaius dans les deux premiers films de cette longue saga. Pourtant, l’illusion passe comme une lettre à la poste.

 

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Utilisant la fameuse technique de « motion-capture » ou « mo-cap » mise au point sur la trilogie du Seigneur des Anneaux, King Kong, Avatar, Les Aventures de Tintin et Rise Of the Planet of the Apes (dans lequel nous assitions à la jeunesse de Caesar parmi les hommes), Dawn Of the Planet of the Apes permet au génial Andy Serkis d’incarner ce singe très (trop ?) humain pour la deuxième fois. Mais là où, trois ans plus tôt, les artifices virtuels s’avéraient encore parfois trop voyants, nous entrons ici de plein pied dans un monde bien réel, crédible et tangible, dont nous ne remettons jamais l’existence en cause.

 

Il n’y a pas à dire, nous sommes à des années lumière du remake poussif de Tim Burton, sorti en 2001, époque où la Fox ne savait encore trop que faire de cette franchise atypique. Si le film de Burton bénéficiait des maquillages époustouflants de Rick Baker, l’univers trop rococo du réalisateur d’Ed Wood se mariait mal à celui inventé par le romancier Pierre Boulle et popularisé en 1968 dans le chef d’œuvre original de Franklin J. Schaffner. Des choix malheureux qui donnaient à l’ensemble des allures de dessin animé. Les cinq films de la période 1968-1974 (avec les maquillages iconiques de John Chambers) ont pour excuse d’être d’une époque où les maquillages spéciaux ne prétendaient pas au photo-réalisme. En les revoyant aujourd’hui, le charme fonctionne toujours parfaitement, mais il ne fait jamais aucun doute que nous avions affaire à des acteurs déguisés en singes… Et puis en 2014, aucun acteur n’oserait porter le joli pagne de Charlton Heston sans avoir peur du ridicule…

 

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Si Dawn ne gagne pas l’Oscar des Effets Visuels en 2015, ce sera pour cette simple raison : ces derniers sont si convaincants que l’on oublie presque instantanément que la majorité des personnages du film sortent d’un ordinateur. Les performances exceptionnelles, elles, viennent des acteurs, Andy Serkis et Toby Kebbell (Koba) en tête. C’est assez rare pour le souligner, les effets spéciaux du film de Matt Reeves ne sont pas là pour en mettre plein la vue, ils SONT l’histoire. On soulignera d’ailleurs l’ironie d’un film réalisé en grande partie en images de synthèse pour créer un monde où toute forme de technologie est devenue obsolète… Alors que des blockbusters débiles et infantiles comme Transformers exigent notre attention et arborent ostensiblement une armada d’effets spéciaux bling-bling comme seuls arguments de vente, Dawn évite ce syndrome de « celui qui pisse le plus loin » et a le courage de nous demander d’oublier ses prouesses hyper-réalistes pour se concentrer sur l’histoire et ce, même lorsque le film déploie ses scènes d’action les plus spectaculaires, véritable déchaînement visuel et sensoriel.

 

Des singes à cheval chevauchant les rues de San Francisco !… Un combat final au sommet d’une tour branlante qui donne le vertige… Sans parler de cet impressionnant plan-séquence d’anthologie pivotant sur 360°, dans lequel le singe Koba s’empare d’un tank. L’arrière-plan, peuplé de singes en colère et d’humains terrifiés, laisse le spectateur bouche bée et évoque les scènes d’action du maudit (mais culte) The Thirteenth Warrior, de John McTiernan… Or voilà, même dans ces moments-là, c’est l’amour du cinéma, de thématiques passionnantes et d’une imagerie guerrière inédite, turbulente et immersive qui motive le réalisateur de Cloverfield… C’est la première fois que la motion-capture est utilisée en décors extérieurs, ce qui rend les mouvements plus fluides et ajoute au réalisme. Noyant ses décors sous une pluie battante (en opposition au soleil brûlant du film de Schaffner en 1968), le réalisateur ne facilite pas la tâche des informaticiens, avec tous ces poils mouillés… Mais le travail admirable du directeur de la photographie, Michael Seresin (Midnight Express, Birdy, Angel Heart) confère à Dawn of the Planet of the Apes un style que – hormis dans le film original – on a trop rarement vu dans la saga. La beauté plastique stupéfiante du film ne l’empêche jamais de distiller un sentiment de danger tangible et une atmosphère apocalyptique.

 

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Dawn embraye dix ans après la fin du film précédent. Une grande partie de l’humanité a été décimée par le virus ALZ-113 (créé au départ pour combattre la maladie d’Alzheimer) qui a permis au singe Caesar et à une poignée de ses amis de développer leur intelligence ainsi que leur « humanité ». Avec ses frères, Caesar s’est retiré pacifiquement dans la dense forêt californienne et, n’ayant vu aucun homme depuis des années, ils supposent que la race humaine a été définitivement rayée de la planète. Les singes (les plus évolués d’entre eux désormais dotés de parole) vivent en harmonie dans une sorte de grand village « Ewok » jusqu’au jour où un groupe d’humains s’aventure sur leur territoire, armes à la main… Bien entendu, les singes se méfient des hommes et vice versa. Dans les ruines de San Francico, une centaine de survivants humains tentent de rétablir le contact avec le monde extérieur. Pour ce faire, il leur faut gagner l’accès à un barrage hydroélectrique, en plein cœur du territoire des singes. Malcolm (Jason Clarke) et sa famille se dévouent pour jouer les ambassadeurs de bonne volonté et négocier une trêve. Mais dans chaque camp, la haine de l’ « autre » aveugle et pervertit les esprits. Le scénario évoque le problème avec une grande intelligence.  Koba, le second de Caesar, a de bonnes raisons de maudire les humains, puisqu’il fut autrefois prisonnier d’un laboratoire où il a subi des tortures qui l’ont laissé marqué à vie. Du côté des humains, Dreyfus (Gary Oldman) prône l’annihilation des singes car sa famille a été décimée par ceux-ci lors des émeutes. Malgré l’amitié naissante entre Malcolm et Caesar, deux « hommes » de famille raisonnables et désireux d’éviter une guerre à tout prix, le conflit semble inévitable…

 

Si les effets de WETA, les décors somptueux de la cité des singes et les complexités du développement du langage de ces derniers (qui parlaient pour la plupart en langage des signes dans le film précédent et s’expriment maintenant dans un speech saccadé et laborieux) aident à maintenir l’illusion, les performances d’acteurs engoncés sur le plateau dans des combinaisons moulantes de mo-cap garnies de centaines de censeurs enregistrant leurs moindres mouvements, garantissent le succès du film.

 

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Caesar est un personnage complexe, un fier guerrier portant la misère du monde sur ses épaules, mais néanmoins excellent père de famille, terriblement expressif mais pourtant toujours dans la retenue, tel un grand leader obligé de cacher ses sentiments et sa peine à son peuple. Son évolution depuis l’épisode précédent, du jeune chien fou révolutionnaire au leader sage et pacifique, est impressionnante. Le voir évoluer lorsqu’il s’ouvre enfin aux humains, après une période de grande méfiance, rappelle à quel point Andy Serkis, dont le CV est déjà bien rempli de créatures mémorables, est un grand acteur, peut-être le seul capable de rendre un tas de pixels aussi émouvants, par la force de son travail sur la gestuelle, mais surtout par les subtilités que fait passer son visage (et que WETA restitue avec brio…) Caesar a beau être un chimpanzé, ses yeux, ses expressions et son humanité appartiennent sans le moindre doute à Andy Serkis. Caesar, comme Gollum et King Kong avant lui, est le clou de son propre film.

 

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Koba, interprété par Toby Kebbell (qui remplace Christopher Gordon dans le film précédent où son rôle était très secondaire) prend de l’ampleur dans cette suite. Le visage ravagé par les cicatrices, souvenirs douloureux des tortures subies lorsqu’il n’était qu’un rat de laboratoire, Koba vénère dans un premier temps son ami (et sauveur) Caesar, envers qui il se montre loyal et dévoué. Mais lorsque ce dernier s’allie avec les humains, Koba se métamorphose en traître rongé par la haine, un psychopathe capable de sacrifier ses proches pour faire passer son message guerrier et assurer à tout prix, au prix de tous les sacrifices nécessaires, la suprématie simiesque. A la fois terrifiant et pathétique (comme l’était un certain Gollum), Koba est un personnage qui inspire autant la menace que la pitié. Cette scène magistrale où il joue les singes de cirque rigolos pour amuser deux humains idiots et crédules, avant de les abattre froidement par surprise, est un pur moment de tension cinématographique. Loin de n’être qu’un monstre ou un traître manigançant en secret, Koba est un personnage tragique dont on comprend toujours l’évolution inéluctable, à défaut d’excuser ses actes. C’est sa soif de vengeance et son incapacité à pardonner ou à faire confiance à qui que ce soit (singe ou humain), qui le rendent aussi dangereux.

 

Les humains, pour leur part, ont moins la chance de briller. Il est donc heureux que le choix se soit porté sur des acteurs brillants. Jason Clarke (Malcolm) a le charisme et le talent nécessaires pour faire face à Caesar et il est toujours bon de voir Gary Oldman 1) parler très calmement de choses très graves, 2) de guetter les soubresauts d’énervement sur son visage, les tremblements nerveux qui font tressaillir son corps et ses yeux qui s’écarquillent, puis enfin 3) de le voir exploser en HURLANT SUBITEMENT le reste de ses dialogues… Un reproche : comme Freida Pinto dans le film de 2011, les rôles féminins de Keri Russell (humaine) et Judy Greer (guenon) s’avèrent purement décoratifs…

 

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Le scénario, classique mais habile, reprend un recette connue, celle que l’on a déjà vue dans de nombreux classiques comme A Man Called Horse (Un Homme Nommé Cheval), Dances With Wolves (Danse Avec les Loups), voire même Avatar. Un homme se rend sur le territoire de l’ennemi et se lie d’amitié avec le camp adverse, avant que n’éclate l’inévitable conflit susceptible de faire voler en éclats tous les efforts de rapprochement mis en oeuvre. Une trame finalement bien plus proche du western que de la science-fiction !… S’ensuit une histoire d’amitié compromise aux accents shakespeariens, qui aborde des thèmes passionnants comme les guerres raciales, l’écologie, l’arrogance de la science, le danger des vieux instincts, les concepts de famille et d’appartenance… Et si le récit et la structure du film s’avèrent somme toute assez prévisibles, Matt Reeves réussit tout au long du film à instaurer une atmosphère de tension insidieuse entre les deux peuples, puis au cours des conflits internes entre ceux-ci. On se souviendra de la belle amitié entre Malcolm et Caesar (un simple geste, comme deux fronts qui se touchent parle plus que bien des mots) autant que des extraordinaires scènes d’action.  Reeves réussit l’équilibre parfait entre moments intimes et spectacle épique et ce, malgré une durée excessive de 2h10 et le peu de place laissé à l’humour traditionnel de la saga, seuls véritables défauts du film.

 

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Dawn Of the Planet of the Apes a le mérite de nous rappeler que bien souvent, le plus grand danger ne vient pas de l’extérieur, mais du cœur meurtri des hommes… Sombre et très émouvant, le film laisse pourtant une place à l’espoir et à un message de tolérance entre les peuples qui évite la naïveté inhérente à ce genre de discours…

 

Au beau milieu de toute cette fureur, un moment de poésie et de pure beauté arrive sans prévenir, nous serrant le cœur et faisant couler des larmes de bonheur. Lorsque les hommes arrivent enfin à rallumer l’électricité, la première chanson qu’ils écoutent, qui retentit dans la forêt et dans la ville n’est autre que The Weight, du groupe The Band. Hommes et singes marquent une pause pour écouter une des plus belles chansons du XXème siècle. Les voix merveilleuses de Levon Helm, Rick Danko et Richard Manuel, les notes de piano de Garth Hudson, les accords de guitare de Robbie Robertson comme synonyme d’un hymne à la joie susceptible d’unir les peuples ?… Matt Reeves, qui signe – bien plus qu’une suite ou un simple épisode –  le meilleur blockbuster de l’année, a décidément tout compris !

 

 

Grégory Cavinato

(Membre de l’U.P.C.B. – Union de la Presse Cinématographique Belge)

 

 

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