Actualité 2014… Colt 45

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2014, de Fabrice DuWelz  – France

Avec Ymanol Perset, Gérard Lanvin, JoeyStarr, Alice Taglioni, Simon Abkarian, Richard Sammel, Antoine Basler, Jo Prestia et Philippe Nahon

Scénario : Fathi Beddiar et Fabrice DuWelz

Directeurs de la photographie : Benoît Debie

Musique : Raphaël Hamburger

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pétard Mouillé

 

Avec son éprouvant Calvaire, son hallucinant Vinyan et son romantique Alléluia, tous trois inoubliables, iconoclastes et originaux, Fabrice DuWelz s’est imposé comme un réalisateur « coup de poing », aussi exigeant sur la forme que sur le fond, mariant les deux avec une rare aisance en imposant des sujets éminemment personnels et une recherche esthétique ambitieuse. Or, Fabrice DuWelz ne s’en cache pas, l’expérience de Colt 45, tourné il y a presque deux ans, avant Alléluia, fut un véritable cauchemar. La véritable nature du calvaire de Fabrice, nous l’ignorons. Toujours est-il que le réalisateur ne devrait pas participer à la campagne promo de ce polar de commande brutal, sa première expérience 100% française, avec derrière la caméra un « gros » producteur (Thomas Langmann) et devant, de « grosses » stars. Au vu du résultat, on peut facilement deviner que le montage final n’est pas celui désiré par Fabrice. Mais ce n’est malheureusement là qu’un des (nombreux) problèmes de Colt 45.

 

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Armurier et instructeur de tir à la Police Nationale, Vincent Milès (Ymanol Perset), 25 ans, est un expert en tir de combat dont les compétences exceptionnelles sont enviées par les élites du monde entier. Son destin bascule lorsqu’il rencontre Milo Cardena (JoeyStarr), un ripou de la pire espèce qui va l’entraîner dans une incontrôlable spirale de violence et l’impliquer dans une série d’attaques à main armée, de meurtres et d’une féroce guerre des polices opposant son parrain, le commandant Chavez de la BRB (Gérard Lanvin), à son mentor, le commandant Denard de la BRI (Simon Abkarian). Pris au piège d’une véritable poudrière, Vincent n’aura pas d’autre choix qu’embrasser son côté obscur pour survivre…

 

Se plaçant dans la mouvance réaliste des polars virils d’Olivier Marchal, Colt 45 souffre d’un scénario confus, qui ne donne que trop rarement l’occasion à ses personnages d’exister au-delà de la caricature. Les motivations des personnages restent trop en surface (les raisons de la guerre des polices sont nébuleuses) et semblent sacrifiées afin de favoriser une enquête policière foisonnante. Malheureusement, le scénario trop « scolaire » de Fathi Beddiar, dont c’est le premier film, oublie de donner une âme à cette clique de « tronches », qui, des deux côtés de la loi, s’avèrent tous, sans exception, hautement antipathiques.

 

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« Tu me baises, Milo. »

« Non, je ne te baise pas. Je te fais l’amour. Tu les sens mes couilles, là ? Tu les sens bien mes couilles ? » (le poète JoeyStarr, dans ses oeuvres… )

 

La tradition du polar français, avec ses flics, ses voyous et leur sens de l’honneur a accouché de dizaines de chefs d’œuvre signés Henri-Georges Clouzot, Jean-Pierre Melville, Henri Verneuil, Georges Lautner, Jacques Deray et tant d’autres… Les Gabin, Ventura, Delon, Belmondo, Blier et leurs copains qui fréquentaient ces films populaires parlaient cependant rarement de leurs bijoux de famille. Et quand ils le faisaient, c’était avec les mots de Michel Audiard, pas avec des dialogues risibles et grossiers qui provoquent le comique involontaire. Non, décidément en 2014, entendre JoeyStarr parler de ses couilles n’a plus grand chose de subversif… Le résultat, c’est qu’avec cette ribambelle de personnages monolithiques et patibulaires, il est impossible de s’identifier à qui que ce soit… Colt 45 en devient très vite extrêmement déplaisant.

 

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On souffre pour Alice Taglioni, réduite à jouer les potiches à la limite de la figuration. Et si le fait de donner des rôles de flics à des « tronches » comme Antoine Basler et Jo Prestia (le violeur de Monica Bellucci dans Irréversible, ça donne une idée…) part d’une bonne intention, cela ne marche jamais vraiment car on n’y croit tout simplement pas… Le plus triste est encore le spectacle de Gérard Lanvin, une nouvelle fois en pilotage automatique, avec cette énervante barbe de trois jours qu’il semble avoir définitivement adoptée pour ses vieux jours. Au moins dans le récent (et lamentable) remake d’Angélique, il portait une perruque rigolote… Voir cet acteur autrefois exceptionnel et toujours touchant se transformer progressivement (dans Secret Défense, A Bout Portant, Les Lyonnais, 96 Heures) en clone français de Steven Seagal (vas-y que je te marmonne et que je te grommelle tous mes dialogues avec un air menaçant…) fait peine à voir ! D’autant plus étonnant quand, la même année, le même réalisateur obtient des performances absolument exceptionnelles, drôles et émouvantes de la part de Lola Duenas et Laurent Lucas dans Alléluia.

 

Alors, que reste-t-il à sauver de Colt 45 ? Fabrice DuWelz est LE réalisateur par excellence capable de nous plonger en immersion dans des mondes anxiogènes, psychotroniques et terriblement réels, qu’il s’agisse des Ardennes belges ou des forêts profondes de la Thaïlande. Dans Colt 45, bien aidé par le fidèle Benoît Debie à la photo, le cinéaste nous conccte à nouveau quelques unes de ces séquences hallucinantes dont il a le secret. Du générique où le héros « fabrique » ses cartouches, en passant par une formidable séance d’entraînement au tir qui n’a rien à envier aux meilleurs films d’action américains, le spectateur a souvent l’impression d’être présent, flingue à la main, aux côtés des protagonistes. Preuve qu’en dépit d’un scénario défaillant (les aptitudes exceptionnelles du héros joué par le nouveau-venu Ymanol Perset ne sont que trop rarement exploitées), de grosses fautes de goût et d’un évident manque de liberté, le pur talent de formaliste et la passion de Fabrice DuWelz restent intacts.

 

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Il serait intéressant de découvrir l’envers du décor pour mieux appréhender les raisons de l’échec de Colt 45. Peut-être qu’un jour, Fabrice nous racontera sa version de l’histoire. En attendant, souhaitons-lui de revenir à des sujets plus personnels et de faire à nouveau preuve de sa maestria et de son sens de la provocation mâtiné de poésie. Espérons donc que son magnifique Alléluia se fraye très vite un chemin vers les salles belges…

 

Grégory Cavinato

Membre de l’U.P.C.B. (Union de la Presse Cinématographique Belge)

 

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