Actualité 2014… August : Osage County

august_osage_countyAUGUST : OSAGE COUNTY

(UN ETE A OSAGE COUNTY)

2013, de John Wells – USA

Scénario : Tracy Letts

Avec Meryl Streep, Julia Roberts, Ewan McGregor, Chris Cooper, Julianne Nicholson, Juliette Lewis, Margo Martindale, Dermot Multoney, Abigail Breslin, Benedict Cumberbatch et Sam Shepard

Directeur de la photographie : Adriano Goldman

Musique : Gustavo Santaolalla

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Dîner de Cons

 

La réunion de famille qui tourne au règlement de compte est devenu un genre cinématographique à lui tout seul. Adaptation de la pièce de Tracy Letts, August : Osage County (Prix Pulitzer 2008) se veut une sorte de « best of » du genre, exploration à la Tennessee Williams des méchancetés, mesquineries, secrets, mensonges et vieilles rancoeurs au sein d’une famille dysfonctionnelle de l’Oklahoma, réunie pour les funérailles du patriarche (Sam Shepard), un poète alcoolique qui a préféré en finir avec la vie plutôt que de rester une minute de plus dans ce nid de vipères.

 

AUGUST: OSAGE COUNTY

 

Au centre du film, une scène de dîner hilarante et claustrophobique de 20 minutes, au cours de laquelle la tension monte lorsque tout ce petit monde dévoile sa vraie nature et règle ses comptes à grand renfort de noms d’oiseaux. Meryl Streep, la veuve, incarne une abominable et lunatique mégère, atteinte d’un cancer, qui passe la plupart de son temps à envoyer des piques incendiaires à ses filles et à son entourage. Sa performance cartoonesque à la Joan Crawford est l’attraction principale du film : un concentré de misérabilisme, de grandiloquence et de cruauté. Aussi répugnante que drôle, Meryl Streep nous livre une fois de plus une performance qui touche au génie, proche d’une Cruella DeVil qui aurait substitué son obsession pour les manteaux de fourrure par une terrible addiction aux médicaments. Qu’elle ne tombe jamais dans le ridicule relève du miracle…

 

Julia Roberts est la fille aînée amère et fatiguée, obligée, la mort dans l’âme, de revenir au bercail, confrontée à la désillusion de n’avoir su créer l’harmonie au sein de son propre foyer et la haine qu’elle voue à sa mère. Ewan McGregor (sous-exploité) est son époux infidèle ; Abigail Breslin leur fille, une ado rebelle peu concernée par cette famille de cinglés. Juliette Lewis est (quoi d’autre?) la sœur fantasque et passablement idiote, qui a trouvé de bon goût d’inviter à l’enterrement de papa son nouveau jules (Dermot Mulroney), un cowboy lourdaud plus intéressé par les formes de sa future nièce de 14 ans que par les tourments de sa belle-famille. La douce Julianne Nicholson est la seule à croire au bonheur, amoureuse en secret de son gentil cousin benêt, sorte de « Forrest Gump » bizarrement incarné par Benedict Cumberbatch (l’erreur de casting de l’année !)… Chris Cooper et Margo Martindale, tous les deux formidables, sont l’oncle et la tante, dont la gentillesse et la bonhomie d’apparence cachent un vieux secret qui risque de briser l’équilibre déjà fragile de ce château de cartes.

 

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Le problème, c’est qu’après ce dîner de cons d’anthologie, le récit s’égare, s’étire inutilement et les dialogues tombent régulièrement dans l’hystérie. Les origines théâtrales et les errances du scénario deviennent beaucoup trop visibles, notamment lors d’une révélation que l’on croirait sortie d’un quelconque soap opéra brésilien. Malheureusement, ce qui marchait sur les planches ne fonctionne que trop rarement à l’écran. John Wells, réalisateur – scénariste et producteur d’Urgences, dont le premier film The Company Men (2010) était une franche réussite, fait rarement dans la dentelle et hésite constamment entre drame sincère et comédie furieuse. Il s’efface derrière son casting monstrueux mais sa mise en scène manque d’assurance et de cohérence thématique et ses personnages de subtilité. Son film se veut une exploration du malaise de la cellule familiale américaine mais n’est en fin de compte qu’un maladroit (bien qu’amusant) jeu de massacre entre une misérable bande de pourris. On est donc loin de la réussite d’un Festen !

 

Pour une chronique lucide, drôle et mordante sur le même sujet vu par le même auteur (Tracy Letts), on préférera revoir le brillant Killer Joe, réalisé par William Friedkin.

 

August-Osage-County-Review

 

A la place du grand film qu’il aurait pu être, August : Osage County est une excuse pour accumuler les grands numéros d’acteurs et pour le plaisir coupable de voir des Oscar Winners s’insulter copieusement…

 

Grégory Cavinato

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