Actualité 2014… American Hustle

american-hustle-poster-2AMERICAN HUSTLE

(AMERICAN BLUFF)

2013, de David O. Russell – USA

Scénario : Eric Warren Singer et David O. Russell

Avec Christian Bale, Bradley Cooper, Amy Adams, Jennifer Lawrence, Jeremy Renner, Louis C.K., Shea Whigham, Michael Peña, Jack Huston, Alessandro Nivola, Saïd Taghmaoui et Robert De Niro

Directeur de la photographie : Linus Sandgren

Musique : Danny Elfman

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Gang des Postiches

 

S’approprier un genre pour le transcender, le réinventer et l’adapter à son style, c’est la mission que semble s’être assignée David O. Russell qui signe son troisième chef d’œuvre consécutif après le drame sportif The Fighter et la comédie romantique Silver Linings Playbook. American Hustle, adaptation (très) libre de l’affaire Abscam, est un hommage formel évident (structure, époque, costumes) au cinéma épique de Martin Scorsese et Paul Thomas Anderson, citant en vrac GoodFellas, Casino et Boogie Nights. Lors d’une confrontation particulièrement tendue, un sinistre boss mafieux incarné par Robert De Niro est sur le point de démasquer un faux sheikh en s’adressant subitement à l’imposteur dans un arabe parfait. Assemblée pétrifiée, étirement du temps, gouttes de sueur, promesses de violence… Le réalisateur réinvente le fameux « Funny how ? » de Joe Pesci, la scène la plus culte de GoodFellas et impose un nouveau sommet de tension cinématographique.

 

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Avec cette histoire de deux modestes arnaqueurs amoureux du New Jersey (Christian Bale et Amy Adams) contraints par un agent du F.B.I. ambitieux mais naïf (Bradley Cooper) d’organiser des gros coups afin de faire tomber un ponte mafieux (De Niro) et un gentil maire corrompu (Jeremy Renner), Russell s’amuse avec les conventions. Via une technique virtuose, tourbillon de musique, de costumes d’époque et de dialogues brillants, il change régulièrement de style, passant du violent polar à la chronique impitoyable d’un mariage en fin de course, en passant par la comédie loufoque (le plan d’ouverture de 13 minutes dans lequel Bale ajuste sa moumoute) et le romantisme le plus exalté via un brillant montage sur l’air de How Can You Mend a Broken Heart, la chanson des Bee Gees. Un instant magique parmi d’autres, brillant exemple d’un soundtrack qui, une fois n’est pas coutume, sert de narration.

 

Christian Bale;Amy Adams;Bradley Cooper

 

Le générique précise que « ce qui va suivre est en partie arrivé »… Russell n’est pas intéressé par un dossier historique sur l’affaire Abscam. American Hustle est un joyeux prétexte pour faire le portrait des protagonistes de l’affaire, tous escrocs à des degrés divers, se disputant souvent comme des enfants…  Comme à l’accoutumée, le réalisateur est aidé par un casting de première classe, avec certains récidivistes de ses films précédents. Le caméléon Christian Bale, bedaine protubérante et longue mèche collée à la glue sur son crâne chauve est pourtant – malgré sa ressemblance involontaire avec le Tom Cruise de Tropic Thunder – le plus sobre et le plus raisonnable du lot. Amy Adams, sexy en diable dans un rôle de garce romantique et vulnérable, est sans cesse à la limite du « nip slip » dans des décolletés en lamé qui laissent rêveur. Elle est le coeur du film : amorale, calculatrice et séductrice, mais incapable de faire souffrir… Bradley Cooper, avec son impayable permanente à bouclettes, s’avère génial dans le rôle d’un grand dadais arrogant et ridicule, qui cache en fait l’âme d’un petit garçon capricieux. Un rôle que l’on croirait écrit pour Ben Stiller… Les seconds rôles sont tout aussi performants : Jennifer Lawrence, en desperate housewife aussi gaffeuse que séduisante, confirme l’étendue de son talent, notamment lorsque son personnage de ravissante idiote se lance, de rage, dans un playback impromptu de Live and Let Die. Jeremy Renner, avec sa coupe Pompadour incarne un malfrat bienveillant, malheureuse victime des circonstances et Louis C.K. nous vaut quelques beaux éclats de rire en agent du F.B.I. pleutre. Sans exceptions, ces personnages se révèlent profonds et terriblement attachants alors que leurs looks respectifs auraient pu les faire tomber dans la caricature.

 

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C’est là toute la force de Russell qui fait d’une histoire gentiment amorale (dans laquelle les arnaqueurs ont plus d’honneur que les flics) une brillante étude de caractères outancière et braillarde via un étourdissant mélange de tons. Admirablement rythmé, interprété et dialogué, visuellement clinquant, American Hustle, en plus de nous faire amèrement regretter les seventies, est une fantastique parabole sur le pouvoir de l’argent, la fragilité de la loyauté et les dangers de la corruption.

 

Grégory Cavinato

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