Actualités 2012… Prometheus

PROMETHEUS

2012, de Ridley Scott. USA.


Avec Noomi Rapace, Michael Fassbender, Charlize Theron, Guy Pearce, Idris Elba, Logan Marshall-Green, Sean Harris, Rafe Spall, Kate Dickie, Patrick Wilson.


Scénario : John Spaihts et Damon Lindelof


Directeur de la photographie : Dariusz Wolski


Musique : Marc Streitenfeld

 

 

 

 

 

 

« Lost » in Space !

 

« Etre ou ne pas être. Telle est la question sinusoïdale de l’anachorèse. Hypocondriaque… D’où venons-nous ? Où allons-nous ? J’ignore de le savoir. Mais ce que je n’ignore pas de le savoir. C’est que le bonheur est à deux doigts de tes pieds. Et que la simplicité réside dans l’alcôve bleue et jaune et mauve et insoupçonnée de nos rêveries mauves et bleues et jaunes et pourpres. Et paraboliques. Et vice et versa. »

 

Tranxen 2000, « Vice et versa ».

 

 

La tête dans les étoiles et le cul entre deux chaises. Voilà donc où Ridley Scott et son dernier opus, sans doute le long métrage le plus attendu de 2012, se sont retrouvés lors de sa sortie en mai dernier… provoquant la fureur des uns, la fascination des autres et la circonspection profonde d’un peu tout le monde. Alors qu’on l’attendait comme une révolution science-fictionnelle de l’acabit d’un Avatar, Prometheus est devenu petit à petit l’un des films les plus décriés depuis… La Menace Fantôme. A tort ou à raison ?

 

 

Préquelle ou pas préquelle ? Alien ou pas Alien ?… Depuis les premières rumeurs annonçant la mise en chantier du projet et la confirmation de Ridley Scott au poste de réalisateur, la campagne marketing de Prometheus joue sur ce suspense un peu vain, un suspense hérité cependant des doutes bien réels qui ont ébranlé la 20th Century Fox quant à l’avenir de sa super-franchise Alien. Après les déconfitures de ces deux atrocités sur pellicule que furent les spin-off AVP – Alien vs. Predator, après un quatrième épisode de qualité mais trop grand-guignolesque et « français » (Alien : Resurrection, de Jean-Pierre Jeunet), un grand point d’interrogation planait sur l’avenir de cette  franchise juteuse et de qualité. Le choix de réalisateurs de prestige (Scott, James Cameron, David Fincher et Jean-Pierre Jeunet – oublions poliment les tâcherons à l’œuvre sur les deux AVP) et le temps laissé entre les différents épisodes (1979-1986-1992-1997) distingue largement Alien de ces séries dont les suites sont mises en chantier dans l’urgence dès la sortie de l’épisode précédent… Un cinquième épisode, après 15 ans sous nouvelles de Ripley semblait peu probable, Sigourney Weaver, pilier de la saga ne se voyant pas – à plus de 60 ans – rempiler dans le rôle d’une guerrière décimant les fameux monstres phalliques à doubles mâchoires et au sang acide… La solution la plus logique semblait donc de rappeler à bord le principal instigateur de la saga et tenter l’exercice ô combien casse-gueule mais très à la mode de la préquelle.

 

 

Depuis des années, à Hollywood, les blockbusters ambitieux à gros budget et à effets spéciaux ne sortent plus à l’unité mais le plus souvent se conjuguent en suites, préquelles, remakes, trilogies ou franchises. Hollywood ne produit donc plus de « films », mais bien des « épisodes », le pire exemple récent étant sans doute le navrant Amazing Spider-Man qui ouvre mille pistes narratives sans en résoudre aucune, se contentant laborieusement d’un paresseux « la suite au prochain épisode » comme à l’époque de Dallas !…Trop de films à gros budgets ressemblent de nos jours aux pilotes de sériés télévisées, où l’on introduit certains thèmes et personnages qui ne seront développés réellement que des années plus tard (si le succès est au rendez-vous !)… Une pratique de plus en plus systématique et pas toujours très honnête dictée par le besoin de rentabiliser jusqu’au moindre centime des budgets de plus en plus colossaux en multipliant les « marques » immédiatement identifiables. The Golden Compass et John Carter en ont fait les frais, puisque leurs échecs financiers respectifs ont empêché la mise en chantier de leurs suites et ainsi, laissé des trous béants dans leurs récits inachevés ! Une tendance héritée également d’une production télévisuelle feuilletonesque de plus en plus prestigieuse, la qualité prodigieuse des séries sur le petit écran ayant tendance depuis une dizaine d’années à surpasser celle du grand.

 

Ridley Scott (ou serait-ce la 20th Century Fox ?), toujours réticent à revisiter l’univers de son classique trouve donc une parade en forme de langue de bois : « Prometheus conservera l’ADN d’Alien » entend-t-on murmurer un peu partout. Une formule promo assez floue et qui tente d’attirer le chaland nostalgique de la célèbre série sans vraiment faire avancer le schmilblick. En gros, ce sera Alien mais pas vraiment. L’univers de la saga sera conservé mais pas les célèbres créatures créées par H.R. Giger ni le personnage de Ripley… Une formule et des intentions somme toute assez fidèles au produit fini : un film incroyablement ambitieux dans ses thématiques et dans son approche visuelle, mais lourdement handicapé par les nombreuses indécisions ayant marqué sa genèse. Alors, Madame, échangeriez-vous vos deux barils d’Alien contre un baril de Prometheus ?… Pas sur !… En effet, il y a fort à parier que Prometheus aurait largement gagné à rester indépendant de la célèbre saga et à ne pas devoir rendre sans cesse hommage au chef d’œuvre de 1979. Financièrement malheureusement, le calcul était plus facile : Alien étant synonyme de sousous dans la popoche, Prometheus allait devoir s’y raccrocher de manière un peu cynique ! Dans l’espace, personne n’entend le bruit du tiroir-caisse…

 

 

Et pourtant, Dieu (ou plutôt nos Créateurs-Ingénieurs en colère) sait que tout le monde y croyait ! Pensez donc… Le premier film de science-fiction de l’esthète Ridley Scott depuis son autre chef d’œuvre S-F, Blade Runner en 1982!… Alors que s’est-il passé ? Pourquoi tant de haine et de quolibets à l’égard de Prometheus ?… A vrai dire, avec le bénéfice du recul, on se rend compte que ce n’est pas tant Ridley Scott lui-même qui s’est vu tailler un costard sur-mesure par les critiques mais plutôt le scénariste vedette Damon Lindelof (qui a retravaillé entièrement la première mouture du jeunot John Spaihts), que beaucoup tiennent pour responsable de l’« échec » (les guillemets sont de mise) du film.

 

Damon Lindelof est bien connu des amateurs de science-fiction comme l’un des principaux instigateurs, maîtres à penser et scénaristes de Lost (2004-2010), série de science-fiction exceptionnelle par son ambition, son suspense, ses mystères, ses thèmes philosophiques,  la qualité de son écriture, de sa réalisation, de son interprétation… une série passionnante à tous points de vue… jusqu’à son ultime épisode! Un final en eau de boudin qui aura (forcément) frustré les plus accros puisque cet épisode un peu gnangnan et à la limite de la bondieuserie (la dimension religieuse y remplaçait largement l’aspect science-fictionnel) « oubliait » aisément de répondre à de nombreuses questions développées lors des six saisons, tout en essayant de plaire au plus grand nombre en réunissant un maximum de ses personnages principaux (morts ou vivants) dans un au-delà paradisiaque. Frustrant !

 

Prometheus est l’équivalent sur grand écran du dernier épisode de Lost. Incroyablement ambitieux et fascinant, le film de Ridley Scott a pour mission rien moins que de nous faire découvrir les origines de la vie sur terre, avec pour point de départ l’ énigmatique personnage du « Space Jockey », ce géant aperçu dans Alien sous la forme d’un fossile à l’abdomen transpercé et dont le vaisseau transportait les œufs contenant les horrifiques bestioles qui donnèrent son point de départ à la saga. Un personnage qui, depuis 1979, aura emballé l’imagination de bien des cinéphiles ! Ce titan à propos duquel nous n’apprenions rien était donc suffisamment mystérieux pour qu’on en relate les origines. Hélas, comme c’est le cas avec bien des préquelles, Prometheus vient prouver une fois de plus que les éléments les plus mystérieux d’un film ne sont pas mystérieux par hasard et gagnent souvent à le rester… Quel est l’intérêt après tout de nous raconter que les croquemitaines d’Halloween ou de Massacre à la Tronçonneuse sont devenus très très méchants parce que leurs petits camarades se moquaient d’eux à l’école !… C’est bien là le grand problème des préquelles : expliciter inutilement des mystères passionnants. Car à force d’ouvrir des portes, on se retrouve avec un film plein de courants d‘air… Et quand le mythique Space Jockey d’Alien se révèle être une sorte de Jason Statham albinos tout bleu, très en colère et sous stéroïdes, ça fait forcément des furieux dans les salles !

 

 

Trop de pistes ouvertes et d’indices non-résolus dans l’approche feuilletonesque du scénario de Lindelof laissent le spectateur dans un état de frustration terrible lorsque le générique de fin menace d’ approcher et que l’utilité d’un Prometheus 2 (qui ne verra peut-être pas le jour vu la relative déception du film au box-office) se fait sentir… Devant les critiques sévères de la presse et du public, Ridley Scott affirme que toutes les réponses aux questions les plus importantes nous seront données lors du commentaire audio du film en BluRay. Comble de la plaisanterie, alors qu’on s’attend à une version longue (pratique très commune chez Scott), il n’en sera rien !… Seules quelques scènes coupées viendront vaguement nous éclairer davantage sur les motivations (très brouillonnes) de certains personnages, Prometheus ratant sans cesse la cible difficile de l’ambiguïté pour nous plonger à la place dans la confusion narrative et le grattement de tête généralisé. BluRay ou pas BluRay, Prometheus reste donc plombé par le côté exagérément confus de sa mythologie !

 

 

Et les questions sans réponses de s’accumuler :

 

 

-Que fait exactement l’Ingénieur à l’origine de la Création au début du film ? Est-ce un sacrifice ? Pourquoi – après avoir créé la vie (sur Terre ?) – les Ingénieurs vouent-ils une telle haine à la race humaine au point de vouloir l’annihiler ?

 

-Et pourquoi sont-ils si méchants ?

 

-D’ailleurs ce prologue se déroule-t-il sur Terre ? Ce n’est pas forcément très clair…

 

-Est-ce que « l’invitation » des Ingénieurs a été révoquée ? Et si c’est le cas, pourquoi ?

 

-Quelle est l’importance – outre l’hommage évident – de cette sculpture murale qui semble représenter une figure bien connue, la Reine Alien ?

 

-Quel est le réel agenda de David l’androïde ? Est-il à la solde de Weyland Corporations ou bien agit-il pour son propre compte ? Pour quelles raisons décide-t-il d’inoculer le virus au Docteur Holloway et par conséquent, de provoquer la « grossesse » du Docteur Shaw ?

 

-Qui a tiré sur J.R. ?

 

-Quelle est la fonction réelle de « l’huile noire » ? Elle tue et « désagrège » l’Ingénieur du prologue, lui permettant ainsi de créer la vie humaine. Elle transforme Fifield en colérique (pléonasme?) mutant-zombie hydrocéphale, rend le Docteur Holloway très malade et provoque la grossesse non-désirée d’Elizabeth Shaw. Ses propriétés destructives / créatrices semblent, de manière un peu trop aisée, s’adapter à chaque hôte au gré du scénario.

 

-Pourquoi le Docteur Shaw, interprétée par la ravissante Noomi Rapace est-elle affublée de la coiffure la moins flatteuse vue au cinéma de récente mémoire ?

 

-Dans l’hologramme activé par David, quelle est la menace exacte qui a décimé les derniers Ingénieurs ? Et pourquoi exactement fuyaient-ils ?

 

-Que sont les « vers de l’espace » que rencontre l’équipage lorsqu’ils entrent dans la chambre aux urnes du temple spatial ?…

 

-Dans un hommage possible à Blade Runner, l’ambiguïté plane autour du personnage de Meredith Vickers (Charlize Theron) : est-elle un androïde comme son « frère », David ? Rien ne le prouve mais rien ne l’infirme.

 

-Qui qui qui sont les Snorkies ?

 

-Pour quelles raisons Peter Weyland, dont les intentions sont assez claires (la recherche de la vie éternelle, rencontrer « Dieu ») se cache-t-il sur le vaisseau Prometheus jusqu’à la fin du film ? Son apparition incongrue relève plus d’un gimmick à la Scooby-Doo que d’une réelle surprise !

 

-Pourquoi le centenaire est-il interprété avec une tonne de maquillages prosthétiques (pas très convaincants) par Guy Pearce (44 ans) sans que la moindre scène de flashback – outre les vignettes virales de la promotion – ne vienne justifier ce choix ?

 

 

-Que se disent David et le dernier Ingénieur avant que celui-ci ne se mette en colère, déchire l’androïde en deux et provoque la mort du vieillard ? Leur conversation en langue alien n’est pas sous-titrée…

 

-Les castors lapons sont-ils hermaphrodites ?

 

-La créature finale aperçue lors des derniers plans du film est-elle un « Alien » ? Sa morphologie légèrement différente laisse à penser qu’il s’agit une fois de plus d’une créature « intermédiaire »…

 

 

-Enfin, si Elizabeth Shaw et David quittent cette planète en quête d’un hypothétique « paradis », cela signifie-t-il que la planète sur laquelle se déroule le film n’est pas celle que l’on voit au début d’Alien ? Le fameux Space Jockey de 1979 – tout de même à l’origine du scénario – n’était donc pas présent dans Prometheus !… Nous aurait-on menti ? Ou bien a-t-on tout simplement décidé de nous tenir en haleine jusqu’à la suite ?…

 

Pour tous éclaircissements, prière d’écrire à la rédaction… Réponses dans Prometheus 2 !

 

Toutes ces questions non-résolues, passe encore. Mais le film de Ridley Scott regorge également d’incohérences assez gênantes et indignes d’un tel spectacle ! La plus flagrante d’entre elles, la séquence la plus ridicule du film a lieu lorsque ces deux scientifiques chevronnés veulent faire des mamours avec un dangereux « serpent spatial » sans se douter une seule seconde que la bestiole gluante va les trucider quelques instants plus tard ! Pas de doute, nous tenons là les deux personnages les plus cons de l’histoire de la science-fiction !… Sans parler d’un capitaine de vaisseau mollasson et nonchalant qui préfère batifoler avec l’affolante Charlize Theron pendant que ses hommes sont en grand danger !… La structure (pardon, l’exosquelette) du film s’en ressent puisqu’on a sans cesse l’impression que Ridley Scott ne sait pas trop où situer son action, avec pour conséquences des allers-retours incessants entre le vaisseau et le « temple », transformant un film déjà beaucoup trop long en « film de couloirs » situés sur une vaste planète… Cette gestion de l’espace aléatoire étonne de la part d’un Ridley Scott dont les Alien, Blade Runner ou encore Black Hawk Down étaient des modèles de précision.

 

Si toutes ces questions laissées en suspens ont au moins le mérite de provoquer le débat, on ne peut que constater tristement le ratage narratif de l’entreprise et observer une structure qui, chuchotons-le pour ne froisser personne, a plus d’un point commun avec celle du premier Alien vs Predator (2004, de Paul W.S. Anderson) tant décrié, un film que Prometheus encouragerait (presque) à revoir  la hausse. Mais voyez plutôt :  une expédition historique menée par une héroïne têtue, la découverte d’un temple / tombeau ancestral enrobé de mystères, les créatures diverses qui se déchaînent, la mort violente de tous les personnages secondaires un par un et enfin, l’évasion in extremis d’une unique survivante !… Coïncidences ?… Comme dans la plus banale des séries B (c’est-à-dire à l’inverse d’Alien, série B exemplaire !), les ambitions de départ, démesurées (découvrir les origines de la race humaine, rencontrer « Dieu ») sont bien vite mises de côté dès que l’équipage découvre un labyrinthe de tunnels et qu’une saloperie gluante stockée dans des milliers d’amphores commence à décimer tous les acteurs dont le nom n’est pas en grand sur l’affiche, emportant avec eux les ambitions d’un script atteint par la folie des grandeurs !… Alors qu’en 1979, nous nous attachions à l’équipage du Nostromo et souffrions avec eux quand l’Alien venait leur chatouiller les orteils, on baille de plus belle quand les pensionnaires du vaisseau Prometheus trépassent. Un naufrage narratif d’autant plus rageant qu’au niveau de la forme, il en va tout autrement.

 

 

Les qualités esthétiques inhérentes au cinéma de Ridley Scott sont ici magnifiées par le cadre ample et majestueux et par une utilisation (une fois n’est pas coutume) très intelligente de la 3D : l’atmosphère éthérée, l’horreur viscérale qui prend aux tripes, la précision technique de la dimension scientifique… Prometheus est un spectacle de toute beauté dont chaque plan est un véritable tableau, à commencer par cette sublime scène d’ouverture, succession de plans stéréoscopiques sur une planète déserte et dont la caméra explore les vastes paysages, des montagnes de charbon à la lave volcanique en ébullition, en passant par les lacs glacés jusqu’à ces gigantesques chutes d’eau où nous découvrons une silhouette minuscule… qui devient bientôt un titan, montagne de muscles intimidante à la peau translucide : le premier Ingénieur !

 

Scott joue ensuite avec le contraste de ses décors : clinique, froid et paradoxalement inhumain pour les intérieurs du vaisseau, métallique, chaud et effrayant pour les catacombes de la planète inconnue. Des univers construits en dur et non pas pollués par un excès de CGI ! Dès ses premières images, Prometheus dévoile généreusement un univers au pouvoir de fascination extrêmement rare, puisqu’à l’exception d’une poignée de cinéastes (Walt Disney, George Lucas, Jim Henson, Peter Jackson, James Cameron), les véritables créateurs de mondes cinématographiques se font rares… Il est indéniable que Ridley Scott a sa place parmi eux !

 

L’univers bio-mécanique inventé par (ou inspiré de) Giger est ici bien présent, pas forcément dans les nouvelles créatures (plutôt décevantes car moins mémorables) mais dans ce concept d’une horreur biomécanique « autre » tout droit sortie d’un cauchemar freudien particulièrement corsé. Malheureusement l’aspect « pur film de monstre » laisse à désirer puisque  cette fois, aucun Alien visqueux ne viendra surgir de la cage thoracique des membres de l’équipage ! Nous aurons droit en lieu et place du célèbre bestiau à un petit serpent de l’espace vicieux mais furtif et à une sorte de super-poulpe à tête de vagin denté et aux nombreuses tentacules qui, si il s’accorde parfaitement avec les thèmes xénomorphologiques psychosexuels de la saga, n’est pas forcément la créature la plus effrayante de l’univers. Encore une fois, le lourd tribut à payer à Alien dessert Prometheus

 

 

Si Prometheus se révèle fascinant dans son ratage scénaristique, il reste néanmoins captivant par son univers anxiogène terriblement réel et par le sentiment d’urgence quant à la survie de son héroïne principale. A plusieurs reprises, Scott nous livre quelques formidables scènes dignes d’un chef d’œuvre de la science-fiction : le sacrifice du prologue, les scènes particulièrement inspirées de David l’androïde déambulant dans le vaisseau en attendant le réveil de l’équipage, le même David apprenant par cœur les dialogues de Laurence d’Arabie et essayant d’imiter Peter O’Toole, certaines scènes d’action particulièrement brutales…

 

Mais c’est une scène en particulier qui parvient à élever le film au-delà de la déception pour venir recréer ce sentiment de terreur et de dégoût viscéral que Scott avait réussi à « enfanter » dans Alien en transperçant le thorax de John Hurt dans la scène d’horreur la plus inattendue et surprenante de l’histoire. L’auto-avortement accéléré de Noomi Rapace, filmé en plan-séquence est une de ces scènes classiques du cinéma d’horreur qui resteront gravées dans les mémoires et inscrites dans les anthologies des scènes choc du cinéma horrifique… Jamais depuis le cinéma de David Cronenberg (on pense effectivement à la scène de cauchemar de La Mouche), intervention chirurgicale n’aura été plus éprouvante pour les nerfs et pour les yeux ! A elle-seule, cette séquence exceptionnelle justifie le prix du ticket…

 

 

Si la plupart des seconds rôles servent juste de barbaque et de victimes potentielles aux diverses créatures qui peuplent Prometheus, les trois têtes d’affiche s’en sortent néanmoins avec les honneurs : Noomi Rapace fait le bon choix de ne pas répliquer le modèle d’Ellen Ripley (Sigourney Weaver), misant plutôt – et ce malgré une coupe de cheveux peu flatteuse – sur une fragilité physique qui vient contraster avec une belle détermination et un positivisme à toute épreuve. Une performance partagée entre la passion et l’enthousiasme naïf, la foi authentique du personnage en un être supérieur et le désenchantement face aux horreurs qu’elle subit… Charlize Theron n’est pas en reste : quelques mois après sa superbe interprétation de la méchante Reine de Blanche-Neige et le Chasseur, elle campe à nouveau une créature glaciale et frustrée, dont la colère et l’autorité bafouée masquent à peine des fêlures qui lui seront fatales, un peu comme si son personnage de salope immature de Young Adult l’avait poursuivie dans l’espace… Mais c’est une fois de plus le décidément excellent Michael Fassbender qui nous éblouit ici par sa présence magnétique dans le rôle de David, l’énigmatique androïde obsédé par Laurence d’Arabie et dont les motivations secrètes sont cachées sous l’apparat d’un gentleman domestique. Se situant quelque part entre le David Bowie de L’Homme Qui Venait d’Ailleurs, Ian Holm dans Alien et évidemment Peter O’Toole, Fassbender s’avère aussi attachant – lorsqu’il arpente le vaisseau et « apprend » l’humanité, tel un petit enfant – qu’effrayant et malsain lorsque ses menaces se cachent sous le vernis d’une extrême politesse et que son véritable agenda nous est (plus ou moins) révélé. Certains acteurs gagnent des Oscars pour moins que ça !…

 

 

Parfois, laisser au spectateur le soin de se faire sa propre interprétation est une bonne chose, une intention respectueuse, permettant à ce dernier de faire fonctionner son imagination à plein pot. Malheureusement Prometheus, à force d’ouvrir des portes et de jouer la carte du mystère à tout prix finit souvent par agacer. Avions-nous vraiment besoin de savoir d’où viennent les Aliens et était-il utile de rattacher la saga à tant de questions existentielles ? Le succès d’Alien en 1979 (et d’Aliens en 1986) tenait à plusieurs éléments essentiels parmi lesquels les plus importants étaient sans doute la pure simplicité de son concept, la fluidité exemplaire de son scénario (signé du regretté Dan O’Bannon), son effet de surprise et la peur viscérale qu’il engendrait…

 

Rien de tout ça malheureusement dans ce Prometheus que l’on nous vendait à tort comme un retour aux sources. Pas de terreur sourde, aucun de ces silences emplis de terreur… Prometheus est un tout autre film, bavard et bruyant, favorisant maladroitement la sensation au détriment du sens. Outre ses références obligées et poussives, l’opus 2012 a donc peu de points communs narratifs avec Alien. Plus épique, beaucoup plus ambitieux, sérieux et cérébral mais aussi moins personnel et – à l’exception de la scène de chirurgie – pas effrayant pour un sou… Prometheus laisse de côté le thriller en huis-clos mis à l’honneur dans les trois premiers épisodes de la saga pour nous plonger dans une vaste (trop vaste !) mythologie et dans des questionnements philosophico-théologiques à priori passionnants (l’opposition éternelle entre création et destruction, entre foi et science, entre Dieu et ses « créatures ») mais laissés sans réponses… En essayant de dépasser le noble statut de survival ou de film de monstres, le scénario se prend les pieds dans le tapis. Malgré l’amour que l’on porte à Ridley Scott, malgré une forme exemplaire et de nombreuses qualités, Prometheus ne s’en relève pas. Dans ces conditions, la déception ne pouvait être que terrible !… Dommage, car les ambitions étaient passionnantes et ne pourront être comblées que si les épisodes suivants voient le jour.

 

 

L’ironie de l’histoire ? En 1979, la 20th Century Fox avait supplié Ridley Scott – pour des raisons budgétaires – de couper l’apparition du « Space Jockey », celui-ci n’ayant aucune réelle fonction dans la narration du film, son rôle se résumant à évoquer des horreurs passées et à ajouter une couche bienvenue de mystère. Le réalisateur, amoureux du design créé par Giger, avait tenu bon ! Ainsi donc en 2012, le film le plus attendu de la Fox – départ espéraient-ils d’une nouvelle trilogie – se basait sur l’existence précaire de ce personnage qu’ils avaient autrefois refusé, rebaptisé ici « Ingénieur »… A Hollywood, rien ne se perd ! Dans l’espace, c’est une autre histoire… Et vice et versa.

 

 

Grégory Cavinato.

 

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